Dynastie San Huang
     
Fu Xi
     
Shen Nong
     
Huang Di
     
     
Dynastie Wu Di
     
Shaohan-Jintian
     
Zhuanxu-Gaoyan
     
Diku-Gaoxin
     
Diyao-Taotang
     
Dishun-Youyu
     
     
Dynastie Xia
     
Dynastie légendaire de la Chine ancienne, qui aurait été fondée par Yu le Grand en 2205. Yu instaura la première dynastie héréditaire. Les données que les historiographes chinois nous ont transmises à propos de cette dynastie sont entièrement légendaires et aucune découverte archéologique n’est encore venue confirmer l’existence d’une telle dynastie (à la différence de la dynastie suivante, celle des Shang, également considérée pendant longtemps comme légendaire, mais dont l’archéologie a prouvé l’historicité).
C’est avec les dynasties des Shang et des Yin que commence en Chine la très riche civilisation du bronze. La dynastie des Xia aurait donc appartenu au Néolithique. Or il est frappant de constater la grande continuité des formes et des techniques (poteries, couteaux, travaux de jade, divination) du Néolithique chinois à l’âge du bronze. Cette continuité culturelle corrobore donc la tradition qui veut que les Chinois de l’époque du bronze et ceux du Néolithique aient été, ethniquement parlant, identiques. Les archéologues chinois placent le début de la dynastie des Shang et des Yin dans la première moitié du IIe millénaire. Il s’ensuit que la date traditionnelle de la fondation de la dynastie des Xia, qui aurait duré quatre cent trente-neuf années, ne serait peut-être pas entièrement à rejeter.
Selon l’historien Sima Qian, la dynastie des Xia aurait compté dix-sept règnes ; le déclin de la vertu dynastique aurait fait du dernier souverain un tyran sinistre, dont le personnage est le modèle du criminel tel que peuvent l’imaginer les moralistes confucéens. Il s’appelait Jie et accéda au trône en T 1818. Il était cruel, pervers et barbare. Il aimait le luxe et la débauche ; il organisa de grandes expéditions militaires ; il abandonna son épouse pour une belle captive, la terrible Meng Xi, qui avait juré de le perdre par ses charmes. Les dérèglements de Jie firent tomber en pluie les étoiles du ciel, la terre trembla, les rivières Lo et Hy ( ?) se desséchèrent, le dieu du Feu descendit sur terre. Tel est le résultat néfaste de la domination de la concubine (Yin) sur le prince (Yang).
Un vassal vertueux nommé Cheng Tang (Tang le Victorieux) se révolta et réussit à vaincre le tyran. Par la suite, Tang fonda la dynastie des Shang.

     
     
Dynastie Shang (XVIIIe - XIIe siècle av. J.C.)
     
Première dynastie historique impériale de Chine. Les calendriers chinois et les chroniques historiques apparurent durant cette période, mais des doutes subsistent sur les véritables dates de la dynastie. En effet, des traces archéologiques et divers documents découverts ultérieurement témoignent de l'existence d'une dynastie de vingt-huit ou vingt-neuf rois qui gouvernèrent pendant dix-sept générations, entre 1480 av. J.-C. et 1050 av. J.C., mais une chronologie de l'époque Han fait référence à la période 1766 av. J.C. -1122 av. J.C.
La dynastie régna sur le territoire du nord et du centre de la Chine : la plaine du fleuve Jaune et la région des provinces actuelles de Henan, Hebei et Shandong. Au XIVe siècle av. J.C., la capitale se situait à Yin, non loin d'Anyang, près de la frontière nord du Henan. L'origine des Shang remonte à l'âge de pierre, mais c'est sous leur dynastie que les villes apparurent et que l'âge du bronze atteignit son apogée. L'autorité des rois guerriers (wang) reposait sur leur force, les alliances dynastiques et l'aura que procurait la divination. La société se composait d'une classe aristocratique, de celle des agriculteurs, paysans et éleveurs, et de la classe religieuse qui avait pour fonction de faire la chronique du gouvernement et d'effectuer des divinations très élaborées. Ces prêtres appliquaient un bâton brûlant sur des os de vaches ou des écailles de tortues pour faire des prédictions. Les Shang pratiquaient les sacrifices animaux et parfois même humains. Depuis 1899, plus de 100 000 ossements marqués ont été découverts près d'Anyang. Ils portent près de 4 500 caractères écrits, dont la moitié seulement ont été déchiffrés.
Dans la religion chinoise de l'époque, une multitude d'ancêtres et de divinités étaient vénérés. La plus importante de ces dernières étaient Shang Di, le Suprême dominateur, dont les rois Shang se prétendaient les descendants ; il n'était pas vénéré directement mais à travers les ancêtres de la dynastie royale. Les Shang croyaient en l'existence d'une vie après la mort. En fonction de leur importance dans la société, ils se faisaient enterrer avec des armes et des objets divers destinés à préserver leur statut et à leur porter chance dans l'au-delà. Les esclaves étaient parfois inhumés avec leurs maîtres. Les Shang prêtaient à leurs ancêtres la faculté d'influer sur le présent. Le roi lui-même devait en répondre à ses ancêtres pour conserver le mandat légitime qu'il tenait du ciel (Tian).
L'économie des Shang reposait sur l'agriculture. Une paysannerie servile cultivait le millet, le blé, l'orge, et peut-être le riz, et pratiquait l'élevage des cochons, des chiens, des moutons, des bœufs et du ver à soie. La chasse offrait un complément de nourriture indispensable. Les Shang avaient des armées puissantes et savaient fabriquer des armes en métal, mais on n'a pas trouvé trace d'outils agricoles en fer. Certaines de leurs villes étaient entourées d'une enceinte. L'industrie du bronze et l'artisanat étaient très développés : textiles de lin et de soie, poteries rouges et noires, et une forme primitive de porcelaine blanche. La technique des Shang combinait des éléments de l'âge du bronze et de l'âge du fer ; leur écriture, à base de dessins stylisés, était très élaborée, et ses principes furent repris par l'écriture chinoise, vers 200 av. J.-C. Elle est l'un des multiples aspects de la période Shang qui ont façonné la civilisation chinoise.
La tradition chinoise décrit le dernier roi Shang comme un tyran cruel et débauché, qui fut renversé par un roi Zhou originaire de la vallée du Wei he, fondateur d'une nouvelle dynastie. Il s'agit peut-être d'un mythe créé ultérieurement.
     
     
Dynastie Zhou (XIe siècle - 221 av. J.C.)
     
Zhou, ou Tcheou, ou Chou, troisième dynastie chinoise, fondée par Wen (Wu Wang), roi d’un clan semi-nomade du Nord-Ouest, à l’âge du bronze, au XIIe siècle av. J.C., et qui domina ce pays jusqu’en 221 av. J.C. selon la tradition la plus communément acceptée, date à laquelle elle fut supplantée par la dynastie Qin. La capitale des Zhou fut d’abord Hao, près de l’actuelle Xi'an, puis Luoyi, sur le fleuve Lo, près de l’actuelle Luoyang.
La dynastie Zhou succéda à la dynastie Shang, qu’elle renversa. Issus d’une région propice à l’élevage du cheval, excellents guerriers, ayant su développer l’usage du char, les membres de la nouvelle dynastie conservèrent les acquis des Shang (artisanat, art, religion) et étendirent la civilisation chinoise du bronze à toute la Chine du Nord et dans la vallée du Yang-tseu-kiang. L’immensité de ce territoire et l’état primitif des communications terrestres interdisant aux Zhou d’y exercer partout un contrôle direct, ils déléguèrent leur pouvoir à des vassaux, chacun d’entre eux gouvernant en général une ville fortifiée et des territoires y attenant. La hiérarchie de ces États féodaux était dominée par un seigneur, dont le titre était héréditaire ; venait ensuite une classe de soldats, à la charge également héréditaire. Enfin, au bas de l’échelle sociale, se tenaient les paysans et les domestiques. Au fil du temps, ces États vassaux gagnèrent en autonomie et finirent par supplanter l’autorité du royaume.
La société Zhou était organisée autour de la production agricole. Les terres étaient divisées en étendues carrées strictement délimitées, chacune d’entre elles étant à son tour divisées en neuf parcelles carrées formant une grille équilatérale. Les huit parcelles extérieures étaient attribuées à huit familles paysannes, qui unissaient leurs efforts et leurs ressources pour cultiver la parcelle centrale au profit de la classe dirigeante. La réelle étendue de ce système de distribution des terres est incertaine mais les dynasties suivantes le considérèrent comme la façon la plus efficace de partager la terre.
La pratique religieuse correspondait à la hiérarchie sociale. Les Zhou croyaient, selon la religion chinoise, que le Ciel accordait le droit de gouverner (« mandat du Ciel »), ce qui légitimait l’autorité politique des rois. Les rois Zhou se pliaient à un principe divin, le Shang Di, ou « Dominateur Suprême », au culte du Shang, appelé aujourd’hui Tian (« Ciel »), et au culte des ancêtres. Les seigneurs des États rendaient hommage à la nature locale et à des divinités agraires, ainsi qu’à leurs ancêtres. Les familles offraient à leurs ancêtres des sacrifices, supposés protéger des malheurs et des calamités.
La période du VIIIe siècle av. J.-C. au IIIe siècle av. J.C. correspondit à l’entrée de la Chine dans l’âge du fer ; la technique de la fonte de ce métal, qui apparut dès 500 avant notre ère (beaucoup plus précocement qu’en Occident), permit la fabrication en nombre d’outils pour l’agriculture ainsi que d’armes. Aussi, cette période, qui fut marquée par des changements sociaux intervenant dans un contexte de grande instabilité politique et de guerre quasi continuelle, se caractérise également par une croissance économique rapide. L’utilisation de charrues équipées de soc en fer et les progrès en matière d’irrigation (construction de canaux, réservoirs, digues et barrages) entraînèrent une augmentation de la production agricole, celle-ci favorisant l’accroissement de la population, particulièrement à partir du début du Ve siècle av. J.C. De cette poussée démographique naquit une nouvelle classe de marchands et de négociants. Les déplacements devinrent plus aisés grâce à l’utilisation des chevaux de selle à la place des chariots.
Les rois Zhou parvinrent à exercer le contrôle sur leur empire jusqu’en 771 av. J.-C., date à laquelle plusieurs États se rebellèrent et les chassèrent, avec l’aide d’armées non chinoises, de leur capitale, proche de l’actuelle Xi’an. Les Zhou établirent une nouvelle capitale à l’est, à Luoyang. Bien qu’ils fussent à l’abri d’invasions barbares, les Zhou, dorénavant appelés « Zhou orientaux », se trouvèrent alors dans l’incapacité d’imposer une réelle autorité politique ou militaire à leurs États vassaux, dont certains régnaient sur des territoires plus étendus que les leurs et étaient devenus plus puissants qu’eux. Ils se maintinrent néanmoins au pouvoir et, jusqu’au IIIe siècle av. J.-C., confirmèrent chaque nouveau seigneur dans son droit de gouverner ses terres, se portant garant de sa légitimité.
Pendant cette période, l’intégration économique permit aux dirigeants d’étendre leur domination sur de plus vastes territoires. Les États situés en périphérie des zones agricoles chinoises, dont l’expansion se fit aux dépens de leurs voisins non chinois moins développés, stimulèrent et diversifièrent leurs propres cultures en empruntant à ces civilisations. C’est ainsi que les chinois des régions frontalières s’inspirant des populations non chinoises du Nord-Ouest, adoptèrent l’utilisation d’unités de cavalerie. À l’inverse, pour les États des plaines chinoises du Nord, l’expansion était synonyme d’agression contre les États partageant une civilisation quasi identique ; il en résulta une uniformité culturelle qui eut tendance à freiner toute émulation : au VIe siècle av. J.C., sept États frontaliers très puissants entouraient de petits États plus faibles des plaines chinoises du Nord.
Avec le déclin de l’autorité politique de la dynastie Zhou et l’émergence des puissants États périphériques, les relations entre États devinrent de plus en plus instables. Si les VIIe et VIe siècles av. J.C. connurent de brèves périodes de stabilité, grâce à des alliances conclues entre États sous l’hégémonie des plus puissants, à la fin du Ve siècle av. J.-C., le système des alliances avait montré ses limites et la Chine des Zhou fut plongée dans l’anarchie. S’ouvrit alors une période dite des « Royaumes combattants » (475-221 av. J.C.), qui prit fin avec l’avènement du premier empereur de la Chine unifiée.
La réponse intellectuelle à la grande instabilité et à l’insécurité de la période des « Royaumes combattants » fut la production d’idéologies politiques et philosophiques qui allaient influencer le développement de l’État et de la civilisation chinoise pendant les deux millénaires suivants. Le plus ancien et de loin le plus important philosophe de cette période fut Kongfuzi, ou Confucius, comme il est appelé en Occident. Fils instruit d’une petite famille de l’aristocratie de l’État de Lu (dans l’actuelle Shandong), Confucius représentait la nouvelle classe d’administrateurs et de conseillers alors nécessaire à l’aristocratie dirigeante pour gérer les difficiles problèmes d’administration locale et de relations entre États. Pour l’essentiel, Confucius prôna la restauration des institutions politiques et sociales traditionnelles, celles des premiers Zhou, dans un enseignement fondé sur la réflexion et la morale individuelle.  Selon Confucius, les sages souverains du passé avaient créé une société idéale en donnant en exemple leur grande vertu personnelle ; il s’agissait donc de recréer une classe d’hommes vertueux et cultivés, pénétrés du respect de soi et des autres, susceptibles d’occuper les plus hauts postes du gouvernement et de diriger le peuple par l’exemple.
Les doctrines du taoïsme, deuxième grande école philosophique de la période des « Royaumes combattants », sont présentées dans le Daodejing (« classique de la voie et sa vertu »), attribué à Lao-tseu, et dans les ouvrages de Zhuangzi (Tchouang-tseu). Les taoïstes, selon des principes trouvant leurs racines à la fois dans la religion, la mystique et la métaphysique, dédaignaient le système structuré et complexe que les confucéens appliquaient à la culture de la vertu humaine et à l’établissement de l’ordre social. Sur le plan politique, le taoïsme défendait le retour aux communautés agricoles primitives et, au sein de celles-ci, à un mode de vie « naturel ». Suivant la doctrine taoïste, le gouvernement devait mener une politique de laisser-faire absolu, offrant aux individus la possibilité de trouver une réponse spontanée au cours naturel de la nature.
Une troisième doctrine philosophico-politique, le légisme, se développa au cours de cette même période et influença longtemps la civilisation chinoise. Pensant que les grands désordres de la période appelaient des mesures nouvelles et radicales, les légistes défendaient l’établissement d’un ordre social fondé sur des lois strictes et impersonnelles gouvernant tous les aspects de l’activité humaine. La mise en place d’un tel système reposait sur l’instauration d’un État puissant et riche dont le souverain détiendrait l’autorité absolue. Les légistes recommandaient la socialisation de la richesse, l’établissement de monopoles gouvernementaux et d’autres mesures économiques destinées à enrichir l’État, à renforcer sa puissance militaire et à centraliser le contrôle administratif.
Le plus grand bénéficiaire de la doctrine légiste fut le royaume des Qin (Ts’in) du Nord-Ouest, l’un des États les plus puissants qui émergèrent de la période des « Royaumes combattants ». À la périphérie de la civilisation chinoise, le royaume des Qin se développa à l’abri de défenses naturelles et adopta l’usage de la cavalerie et d’autres innovations militaires empruntées aux barbares nomades. Au IVe siècle av. J.C., les Qin commencèrent à réformer leur bureaucratie, leur économie et leur armée sur le modèle légiste. Ayant gagné en puissance, ils entreprirent, au milieu du IVe siècle, d’étendre leur territoire. Le rythme de cette expansion s’accéléra après leur occupation de la capitale des Zhou en 256 av. J.-C. et l’accession du roi Zheng de Qin en 246 av. J.C. Inspiré par le légisme totalitaire d’Han Fei, Zheng s’empara des six autres Royaumes combattants après une série de campagnes féroces et, en 221 av. J.C., il se proclama Shi Huangdi, premier empereur de la dynastie Qin et de la Chine unifiée.
     
     
Qin Dynasty (221 - 206 av. J.C.)
     
Qin, dynastie impériale chinoise (221-207 av. J.C.) à l'origine de l'unification de la Chine et de la fondation de l'Empire chinois.
La dynastie tira son nom de l'État occidental de Qin, qui mit fin au règne de la dynastie des Zhou. Le souverain du royaume de Qin conquit et annexa brutalement tous les royaumes de Chine : les armées de Qin s'emparèrent du Sichuan, du Yunnan et du Guizhou, au sud, faisant campagne jusqu'au fleuve Rouge, et atteignirent Lanzhou et la Corée au nord.
En 221 av. J.C., le souverain prit le nom de Shi Huangdi (« Premier auguste souverain »). Il unifia cet immense Empire, en introduisant, au fur et à mesure des annexions, le découpage administratif des territoires dépendant directement du gouvernement central, en organisant militairement les familles paysannes. Ces réformes furent conseillées par Li Si, un adepte de la philosophie du légisme, ancien disciple du philosophe Han Fei. Le pays fut divisé en trente-six (plus tard, quarante-deux) provinces gouvernées par des fonctionnaires nommés par le pouvoir central : le mérite remplaça alors les liens familiaux comme principale compétence. La noblesse féodale traditionnelle dut quitter ses terres pour s'installer dans la capitale. Les poids, les mesures, la monnaie, le diamètre des essieux et la langue chinoise écrite furent unifiés à travers tout l'Empire. Le succès de ces réformes fut menacé par l'aspect tyrannique et totalitaire de la philosophie d'État que fut le légisme : en 213 av. J.-C., les livres de toutes les écoles de philosophie furent brûlés, à l'exception de ceux de la bibliothèque impériale ; des milliers d'érudits dissidents furent enterrés vivants ou contraints de travailler à la Grande Muraille dont la construction fut entreprise par Shi Huangdi afin de protéger les frontières nord de l'Empire.
Shi Huangdi mourut dans l'est de la Chine en 210 av. J.C. et se fit enterrer dans le vaste mausolée de Lintong, non loin de l'actuelle Xi'an. Le deuxième empereur Qin, intronisé sous le nom de Er Huangdi, ne put éviter l'écroulement de l'Empire : en 210 av. J.C., les premières révoltes anti-Qin, provoquées par les taxes énormes et la conscription, ainsi que par le ressentiment des royaumes conquis comme le royaume Chu dans le Sud, éclatèrent. L'Empire se fragmenta rapidement avant d'être réunifié, en 202 av. J.C., par Liu Bang, qui sous le nom d'empereur GaoZu (Kao Tsu), fonda la dynastie Han.
     
 
221 av. J.C. - 210 av. J.C
 
     

Qin Shi Huangdi

Né en 259 av. J.C. -  mort en 210 av. J.C

En 246 av. J.-C., il monta, sous le nom de Ying Zeng, sur le trône de l'État féodal des Qin. Poursuivant les efforts de ses prédécesseurs, Zeng, en une dizaine d'années de campagnes, assujettit successivement les autres États féodaux de Chine, les royaumes de Han (230), de Zhao (228), de Wei (225) et enfin de Qi (221). En 221 av. J.-C., il se déclara seul maître de la Chine et prit le titre de Shi Huangdi (« Premier Auguste Souverain »). Il s'attela alors à l'unification politique et administrative de son empire, dorénavant administré par un gouvernement central : les territoires conquis furent découpés en circonscriptions (36 puis 42 provinces) placées chacune sous la férule d'un gouverneur nommé par l'empereur et régies par des lois identiques, la noblesse des anciens États étant contrainte de s'installer dans la capitale. Shi Huangdi standardisa aussi les poids et mesures, l'écartement des essieux de voiture et unifia l'écriture, sur les conseils du ministre d'État Li Si, qui avait étudié avec Han Fei et qui était un partisan de la philosophie totalitaire légiste. En 213 av. J.-C., il décréta que tous les livres non conformes aux théories qin sur l'histoire et la philosophie devaient être brûlés. L'empereur centralisa également l'économie et la défense, fit construire des routes et des canaux. Pour protéger le pays de l'invasion des nomades xiongnu, il poursuivit les grands travaux défensifs entamés par les royaumes de Yan, Zhao et Qin, entreprenant la construction de la partie principale de la Grande Muraille de Chine, et recourant pour ce faire au travail des esclaves et des conscrits. Parallèlement à ces travaux d'unification et de consolidation, Shi Huangdi mena plusieurs offensives, contre les Xiongnu et, vers le nord-est, en Corée et en Mandchourie.
S'il conserva une réputation de tyran sanguinaire, Shi Huangdi n'en créa pas moins un État dont la structure servit de base à la Chine impériale jusqu'à sa disparition en 1911. L'excavation de sa tombe, un gigantesque complexe de vastes chambres souterraines encerclant un immense tumulus situé près de Xi'an, a permis jusqu'à présent la mise au jour d'une armée de plus de 6 000 statues en terre cuite d'hommes et de chevaux grandeur nature.

     
     
Dynastie Han (206 av. J.C.- 9 apr. J.C)
     
Fondée par Liu Bang (plus tard Gaozu ou Kao-tsuh), un soldat de fortune qui devint duc de Pei, puis prince de Han et empereur de Chine (206 av. J.C.-195 av. J.C.).
Les Han firent de la Chine un véritable État unifié et puissant. Liu forgea son empire, le Han occidental ou Han antérieur, dans la guerre de succession qui fit suite à la mort du premier empereur, Shi Huangdi, et la chute de son éphémère empire Qin. Il fit de Chang’an, aujourd’hui Xi'an dans la province du Shaanxi, sa capitale. Il atténua les lois et les taxes sévères du régime Qin, mais il conserva sa structure. Gaozu offrit aussi à sa famille et à ses alliés de grandes provinces dans la Chine de l’Est qui devinrent des royaumes vassaux. D’une grande importance pour le futur de la Chine, le confucianisme devint une idéologie d’État, bien que certains éléments religieux et totalitaires du régime Qin aient été ajoutés pour renforcer le pouvoir impérial. Les Han croyaient au principe de la nomination au mérite, et un système d’examen rudimentaire fut institué pour tester l’aptitude des candidats aux fonctions officielles. À la fin du IIe siècle avant notre ère, une université impériale fut créée et fixa le programme aux classiques confucéens.
Le fils de Gaozu, Wendi (règne : 180 av. J.-C.-157 av. J.C.) poursuivit la politique bienveillante de son père et reprit les territoires autrefois offerts comme royaumes. L’empereur Wudi (règne : 140 av. J.-C.-87 av. J.C.) utilisa les richesses accumulées par le pays. Les Han étendirent leur territoire au sud du Yang-tseu-kiang, presque jusqu’aux frontières actuelles de la Chine, et établirent des colonies à Annam. La Mandchourie du Sud et la Corée du Nord furent assujetties, et les forces qui combattaient les nomades Hunnish Xiongnu pénétrèrent en Asie centrale jusqu’au fleuve Iaxarte (Syr-Darya au Kazakhstan). Ces campagnes coûteuses provoquèrent l’augmentation des impôts, et l’instauration de monopoles d’État sur des industries clefs comme la production de fer et de sel, ainsi que la dépréciation de la monnaie. La croissance de la population surpassa la production agricole. Le règne de Wudi se termina dans le désordre, avec des querelles de succession et des défaites militaires, et la grandeur de la dynastie Han commença à décliner.
L’empire des Han antérieurs se détériora au Ier siècle av. J.C., avec la présence de plusieurs empereurs enfants, du népotisme, des époux impériaux et de querelles gouvernementales. Les grandes familles provinciales parvinrent à obtenir des exemptions d’impôts, ce qui diminua les recettes de l’État, et transféra le poids des impôts sur la paysannerie de plus en plus agitée. Finalement Wang Mang (45 av. J.C.-23 apr. J.C.), courtisan et régent pour le dernier empereur enfant du Han antérieur, s’empara du trône, débutant ainsi le court interrègne de la dynastie des Xin (9 apr. J.C.-23 apr. J.C.). Recherchant le soutien populaire, Wang nationalisa les propriétés exemptées d’impôts et les redistribua aux paysans, il étendit les monopoles d’État et limita l’esclavage. La résistance des propriétaires fonciers mit fin à sa politique au milieu d’une crise agricole aggravée par la négligence de l’État concernant le réseau hydrographique de Chine du Nord. Les paysans rebelles de la Chine du Nord, connus sous le nom de « Sourcils rouges », se joignirent aux grandes familles, prirent d’assaut Chang’an, et tuèrent l’usurpateur Wang Mang.
Le prince Liu Xiu, dit plus tard Guang Wudi, (23 apr. J.-C.-55 apr. J.C.), rétablit la dynastie sous le nom de Han postérieur ou Han oriental (23 apr. J.C.-220 apr. J.C.), et établit la capitale à Luoyang dans la province du Henan. Il restaura les structures gouvernementales du Han antérieur, mais aux alentours de l’an 100, la situation se détériora à nouveau. Les eunuques devinrent plus puissants et commencèrent à se quereller avec les fonctionnaires du gouvernement. Ils triomphèrent brièvement en 186, mais furent massacrés trois ans plus tard. Le taoïsme classique était alors devenu une religion populaire qui créa deux grandes sectes rebelles, les Turbans jaunes au Shandong et la Société des cinq picotins de riz au Sichuan, qui ne furent pas maîtrisées avant 215. Trois généraux rebelles, qui menèrent la lutte contre les provinces, se partagèrent l’empire affaibli en 220 formant les « Trois Royaumes ». Il y eut 14 empereurs Han antérieurs et 12 empereurs Han postérieurs.
     
 
206 av. J.C. - 195 av. J.C
 
     
 

Gao Zu

Titre posthume de Liu Bang, également appelé Liu Ji

Né en 256 av. J.C. - mort en 195 av. J.C

Commençant sa carrière comme officier de basse naissance dans l’armée, il se rebella après la mort en 210 av. J.-C. de Shi Huangdi, premier empereur de la dynastie Qin et unificateur de la Chine. Liu atteignit un rang élevé dans l’armée de Xiang Yu, un général de la région du Yang-tseu-kiang, tenue à la période pré-impériale par le royaume de Chu. Xiang conquit de vastes zones de l’empire et donna en récompense à Liu le vieux royaume de Han (aujourd’hui Sichuan et les provinces méridionales du Shaanxi). Liu se retourna contre Xiang et triompha dans la lutte triangulaire entre son ancien général et les dernières forces des Qin. En 202 av. J.-C., il s’était emparé de l’ancienne capitale des Qin, le siège de la puissance bureaucratique impériale ; Xiang se suicida, et Liu se proclama empereur, avec le titre dynastique de Han.
Liu consolida rapidement sa souveraineté à l’aide de conseillers qui professaient le confucianisme, bien qu’il restât lui-même un esprit fort, porté à se moquer de l’érudition de ses conseillers. Il conserva les institutions des Qin, réduisant tout de même leur sévérité tyrannique, jetant ainsi les bases d’un règne impérial durable. Éliminant les rivaux potentiels, Liu accorda d’immenses régions de l’Est aux membres de sa famille au titre de royaumes vassaux. Pour parer aux menaces extérieures, il conclut un pacte avec les belliqueux Xiongnu, une peuplade nomade de Nord qui avait lancé des raids contre son territoire, leur promettant nourriture et équipements en échange de la fin des hostilités. Ce fut le premier traité entre deux puissances indépendantes d’Extrême-Orient, et il établit la norme de la diplomatie internationale dans la région pour mille ans. Le système impérial qu’il rebâtit forma la base de l’État chinois pour les deux millénaires qui suivirent.

     
 
140-87 av. J.C
 
     
 

Wudi

Né en 156 - mort en 87 av. J.C.

La dynastie des Han a posé les bases de l’Empire chinois, et Wudi en fut le souverain le plus glorieux. Sous son long règne, la Chine, enrichie et prospère, semble exploser de vitalité. Contre les Xiongnu, ce peuple nomade que n’avait pu contenir la politique d’accommodement de ses prédécesseurs, Wudi passe à l’offensive. Il lance au nord-ouest ses meilleurs généraux, à la tête de puissantes armées qui pourchassent les Barbares avec leurs propres armes, sur leurs propres terres. Pour prendre l’ennemi à revers, il essaie de s’allier aux populations du Turkestan. Les voyages de l’explorateur Zhang Qian au Fergana et en Bactriane révèlent à la Chine un monde inconnu. Sur les pas des premiers découvreurs s’avancent bientôt les armées, que suivent marchands et aventuriers. Par l’est aussi, Wudi cerne les nomades en occupant la Corée (T 108). Vers le midi enfin, une irrésistible poussée renverse les royaumes indépendants, et les Han occupent Canton, capitale du Nanyue dont le pouvoir s’étendait jusqu’en Indochine. Partout sont établies des commanderies qui relèvent directement du pouvoir central.
À l’expansion correspond la consolidation des institutions. Wudi achève de briser la puissance des grands féodaux et s’entoure de conseillers d’origine modeste, recrutés dans les villages pour leurs talents et soumis au contrôle d’un premier système d’examen. La renaissance du confucianisme consacre la prééminence de l’enseignement des classiques. Wudi crée ou restaure de grands cultes, notamment les sacrifices feng et shan, tandis que le Bureau de la musique (Yuefu) stimule et renouvelle la musique et la poésie. De grands écrivains, comme Sima Xiangru, sont l’ornement de la cour.
Ce superbe dynamisme a son revers. Malgré l’extension des surfaces cultivées et le percement de nombreux canaux, les ressources de l’État restent insuffisantes. Il faut recourir à des expédients : vente de titres nobiliaires, rachat des peines, refonte de la monnaie, monopole du fer et du sel, lourde taxation des profits commerciaux. Cependant, les guerres lointaines, le poids de l’administration, les dépenses de prestige ne cessent de harasser les populations : dans les dernières années du règne éclatent des révoltes de la misère.

 
     
     
Dynastie Xin (9 - 23 apr. J.C.)
     
Au cours de cette période de troubles et de désordres, un courtisan ambitieux, Wang Mang, dépose l’empereur, alors enfant, dont il assume la régence. Il crée la dynastie éphémère des Xin et tente de restaurer la puissance du gouvernement impérial et d’alléger le fardeau des paysans. Il lutte, notamment, contre les grandes propriétés exemptées d’impôts. Celles-ci sont confisquées au profit du domaine impérial et redistribuées aux paysans qui les cultivent. L’esclavage est aboli, les monopoles impériaux sur le sel, le fer et la monnaie renforcés, et de nouveaux monopoles établis. Mais la résistance des propriétaires est si forte que Wang Mang se voit contraint d’annuler sa réforme du régime foncier. La crise agraire s’intensifie, avec la détérioration progressive des systèmes de contrôle de l’eau mis en place dans la Chine du Nord, où une violente insurrection paysanne éclate, en 23 apr. J.-C., sous la conduite des « Sourcils rouges ». Ces derniers reçoivent bientôt l’aide des grands propriétaires, qui prennent d’assaut Chang’an et parviennent à tuer l’usurpateur Wang Mang. La dynastie Han est alors rétablie.
     
 
9 apr. J.C. - 23 apr. J.C
 
     

Wang Mang

Né en 45 av. J.C. - mort en 23 apr. J.-C.

empereur chinois, usurpateur du trône des Han, fondateur et seul souverain de la dynastie Xin.

Neveu d'une impératrice de la dynastie Han, Wang Mang devint régent en 8 av. J.-C. mais tomba en disgrâce lorsque son cousin l'empereur mourut l'année suivante. À nouveau régent en 1 av. J.-C., il soutint en 6 apr. J.-C. l'accession au trône d'un enfant, et trois ans plus tard, usurpa le trône. Wang tenta de résoudre les problèmes économiques qui affligeaient le royaume, en partie pour consolider son pouvoir. Il ordonna une redistribution des grands domaines aux paysans, établit des monopoles gouvernementaux et renforça la bureaucratie. Cependant, des catastrophes naturelles entraînèrent de mauvaises récoltes et des famines, causant des troubles populaires importants, et le peuple se rebella. Wang fut tué dans sa capitale, Chang’an, par des rebelles connus sous le nom de Sourcils rouges, et les légitimistes rétablirent la dynastie des Han, désormais dite dynastie des Han postérieurs, par opposition aux Han antérieurs, qui précédèrent l'usurpation de Wang Mang.

 
     
     
Dynastie Sui (581 - 618)
     
La Chine retrouve son unité avec la dynastie des Sui, qui a succédé, en 581, dans le Nord, aux héritiers des Tuoba. Son fondateur, le général Yang Jian, conquiert le sud de la Chine et établit sa capitale à Chang’an (Xi'an). Les Sui restaurent le système administratif centralisé des Han et les concours officiels pour le recrutement des fonctionnaires. Bien que le confucianisme est la doctrine officielle, le taoïsme et le bouddhisme sont également reconnus par le régime dans sa formulation d’une nouvelle idéologie impériale. Le bouddhisme, déjà implanté, se répand rapidement et supplante progressivement le confucianisme.
La dynastie Sui règne sur une courte période, mais connaît une grande activité. La Grande Muraille est restaurée, au prix de nombreuses vies humaines. Un système de canaux, qui formera plus tard le Grand Canal, est construit afin de transporter l’abondante production agricole du delta du Yang-tseu-kiang jusqu’à Luoyang et dans le nord. L’Empire rétablit sa domination sur le nord du Viêt nam et, dans une moindre mesure, sur les peuples d’Asie centrale. Une campagne militaire longue et coûteuse, menée contre un royaume situé au sud de la Mandchourie et au nord de la Corée, se conclut néanmoins par une défaite en 616. Son prestige terni, sa population appauvrie, la dynastie Sui est renversée en 617 par une révolte intérieure commandée par Li Yuan qui fonde la dynastie Tang. Connu sous le titre posthume de Gaozu des Tang, il règne de 618 à 626.
     
 
WenDi
     
YangDi
 
     
     
DynastieTang (618 - 907)
     
C’est dans un contexte de vacance du pouvoir que la dynastie des Tang émerge en Chine au début du VIIe siècle. Li Yuan (566-635), haut fonctionnaire de la dynastie des Sui, lié par mariage tant à la famille royale des Sui qu’à celle des Zhou du Nord, est chargé de la défense du Nord contre les Turcs. Il profite de la fuite du souverain Sui en 617 pour s’emparer de la capitale des Sui, Daxingcheng, qu’il rebaptise Chang’an. Après avoir installé un enfant de la dynastie Sui comme empereur, il prend le trône pour lui-même et proclame une nouvelle dynastie, du nom de son territoire d’origine dans le Shanxi : Tang. Jusqu’en 624, les Tang sont en concurrence avec de nombreux autres rebelles très puissants, dont ils viennent à bout en 628. Les nouveaux empereurs mettent en place un système de gouvernement très centralisé. Aux VIIIe et IXe siècles, le centre de gravité de l’Empire bascule vers le Sud. Inondations, sécheresses et épidémies dans les nouvelles régions riches du Sud provoquent, dans les années 860-890, de nombreuses révoltes qui menacent la dynastie. L’Empire survit péniblement à cette crise et cède la place en 907 à la Chine des Cinq Dynasties.
     
GaoZu
     
 
? - 705
 
     

Wu Zetian

Née en 624 ?- morte en 705

Originaire du Shandong, fille d’un commandant de garnison et réputée pour sa beauté, Wu Zhao (Zetian est l’appellation conférée après son abdication) entre à quatorze ans dans le harem de l’empereur Taizong des Tang (Li Shimin) en qualité de « personne de talent » (cairen).
À la mort de Taizong (649), elle se fait tonsurer et devient nonne, mais est bientôt rappelée au palais. Présentée en 654 à Gaozong (règne : 649-683) par l’impératrice Wang, qui veut en faire un « atout » dans sa rivalité avec la concubine Xiao, Wu Zhao devient rapidement la favorite de l’empereur. Elle réussit à éliminer Wang et Xiao et accède elle-même au rang d’impératrice (655). En 656 elle donne à Gaozong un fils qu’elle fait nommer héritier présomptif. Éliminant brutalement ses opposants, elle exerce bientôt la réalité du pouvoir au nom d’un empereur, affaibli par la maladie. En 674 elle fait adopter les appellations d’empereur céleste (tianhuang) pour Gaozong et d’impératrice céleste (tianhou) pour elle-même. Pour l’opinion publique, ignorante des luttes féroces qui se déroulent à la cour, ce sont les « deux sages » (ersheng). Entre-temps, elle a manigancé la mort de deux héritiers présomptifs successifs, et c’est son troisième fils qui devient l’empereur Zhongzong à la mort de son père, pour être déposé l’année suivante au profit de son frère cadet, l’empereur Ruizong. Toute-puissante, désormais impératrice douairière, elle déplace la capitale à Luoyang, renommée « capitale sainte » (Shendu), favorise les membres de son clan et élimine sans pitié ceux du clan impérial des Li ainsi que plusieurs centaines d’aristocrates pro-Tang. Ayant fait concocter une interprétation du Sutra du nuage blanc qui la désigne comme incarnation du Bouddha Maitreya, elle finit (690) par devenir « empereur » d’une nouvelle dynastie Zhou (allusion à la vénérable dynastie royale de l’Antiquité). S’il ne fait désormais plus partie du nouveau clan impérial, l’ex-Zhongzong n’en reste pas moins « héritier présomptif ». En 705, sur son lit de mort, Wu Zhao lui restituera le trône sous la pression du ministre Zhang Jianzhi appuyé par la garde. La dynastie des Tang est bientôt restaurée, et elle meurt peu après, âgée de quatre-vingt-un ou quatre-vingt-deux ans.
Wu Zetian, qui aura exercé le pouvoir suprême pendant près d’un demi-siècle, est un personnage remarquable à beaucoup d’égards. C’est la seule femme à avoir porté le titre d’« empereur » (huangdi) dans l’histoire de la monarchie chinoise : pourtant ce fait « scandaleux » (s’ajoutant à son appartenance successive au gynécée du père et du fils) n’a pas bouleversé l’empire. Par contraste avec les épisodes grand-guignolesques qui se déroulent au palais, le pays jouit d’une longue période de « bon gouvernement », au moins jusqu’aux environs de 700. Souverain énergique et habile, Wu Zhao évite de bouleverser les institutions établies par les fondateurs des Tang et sait s’assurer la loyauté de nombreux hommes de valeur. La faveur témoignée dès le début de son ascension aux « hommes nouveaux » recrutés par examens et sans connexions aristocratiques, dont beaucoup viennent comme elle du Shandong, et la répression qui s’exerce contre l’aristocratie du Nord-Ouest, ont certainement renouvelé les élites de l’empire. La taille de la bureaucratie s’accroît notablement sous son règne. À l’extérieur, elle règle le problème de la Corée sur lequel avaient achoppé ses prédécesseurs. Elle passe pour avoir rédigé un grand nombre de textes politiques et religieux et sa calligraphie élégante, « virile » pourrait-on dire, nous est connue par une stèle conservée dans un temple du Henan. Elle a par ailleurs imposé l’usage de dix-sept (ou dix-neuf) « nouveaux caractères » remplaçant autant de caractères d’écriture courants, dont l’occurrence permet de dater certains textes (ainsi la première dharani imprimée, retrouvée en Corée). Enfin, le bouddhisme a bénéficié sous son règne d’une faveur extrême (c’est elle qui patronne les travaux de traduction du moine Yijing après son retour d’Inde, en 695), qu’il ne perdra qu’avec les proscriptions du IXe siècle.

     
 
713 - 756
 
     

XuanZong

Né en 685 - mort en 762

L'un des plus grands monarques de Chine, surnommé le « Minghuang » (l'Empereur brillant)

Xuanzong était le petit fils de la despotique impératrice Wu Zetian qui s'empara du trône de son fils, l'empereur Chung Tsung, en 693. Vainqueur des querelles de succession qui eurent lieu après la mort de Wu Zetian, Xuanzong remit son père sur le trône en 710, puis devint lui-même empereur en 713. Il réforma l'administration, restaura le système de canaux qui approvisionnait la capitale Chang’an (aujourd'hui Xi'an) et remit sur pied les finances de l'État. De victorieuses campagnes furent menées contre les Barbares du Nord. La prospérité et le rayonnement de la Chine atteignirent leur apogée sous la dynastie Tang. Protecteur et grand connaisseur du taoïsme et du bouddhisme, Xuanzong se retira progressivement des affaires publiques tandis que ses réformes accordaient plus de pouvoir aux vieilles familles aristocratiques et aux généraux des marches. Il laissa le gouvernement entre les mains du très autoritaire ministre Li Linfu. Xuanzong s'éprit de Yang Guifei, qui devint sa concubine et dont l'influence s'avéra catastrophique après la mort de Li Linfu en 752. Le cousin de la favorite, Yang Guozhong, entraîna le général des marches, An Lushan, à la rébellion en 755 et en 756, Xuanzong s'enfuit à Sichuan et dut se résigner à supprimer Yang Guifei. Après que son héritier eut usurpé le pouvoir, Xuanzong abdiqua et se retira du monde. La rébellion d'An Lushan réduisit la prospérité et le pouvoir de la Chine des Tang, mais la splendeur du règne de Xuanzong et son amour pour Yang Guifei devinrent légendaires.

     
 
756 - ?
 
     
DeZong
     
XianZong
     
WuZong
     
XuanZong
     
     
Dynastie Song (1127 - 1279)
     
Song, ou dynastie Sung, dynastie chinoise fondée en 960 apr. J.-C. par Zhao Kuangyin (Chao K'uang-yin), commandant des gardes du palais de Zhou, l'un des royaumes de la période des Cinq Dynasties qui suivit la dynastie Tang. Il fut placé sur le trône par ses soldats et devint l'empereur Taizu (T'ai-tsu). En 978, les Song avaient reconquis les autres royaumes des Cinq Dynasties et contrôlaient la plus grande partie de la Chine, à l'exception de territoires du nord du Hebei et du Shaanxi, contrôlés par la dynastie Liao des Mongols Khitan. La période est généralement divisée entre les Song du Nord (960-1126), qui avaient pour capitale Kaifeng, et les Song du Sud (1127-1279), qui fixèrent leur capitale à Hangzhou.
Comme aux périodes précédentes, la disparition d'un pouvoir central fort à la fin de la période des Tang avait affaibli l'Empire. Les commissaires impériaux devinrent indépendants et la Chine se divisa en plusieurs royaumes. Ce fut seulement vers 960 que les Song purent entamer la réunification de l'Empire, ce qui prit vingt ans de campagnes militaires. Le nouveau pouvoir s'appuya, pour ce faire, non plus sur une aristocratie terrienne mais sur une armée de mercenaires et sur la garde personnelle de l'empereur. En même temps, les premiers Song limitèrent fortement la puissance des militaires en subordonnant l'armée au gouvernement civil. Le système de concours des Tang fut étendu afin de fournir à la dynastie le personnel administratif dont elle avait besoin. Les lettrés furent répartis par provinces, les plus compétents recevant de très hautes charges au sein de l'État. Les Song réorganisèrent le gouvernement impérial. Au sein du gouvernement, trois administrations furent créées pour contrôler l'administration, les finances et les affaires militaires ; chaque département eut ainsi la possibilité de faire remonter régulièrement, jusqu'au pouvoir, commentaires et critiques sur la politique suivie, assurant ainsi l'équilibre de l'édifice institutionnel mis en place. L'administration locale conserva à peu près les mêmes structures que celle des Tang.
Après une série de défaites face aux Liao, les Song signèrent un traité, en 1004, par lequel ils cédaient définitivement aux Liao la région qu'ils occupaient le long de la frontière nord, et acceptaient de payer un tribut annuel. Après un long conflit avec les Xixia, une tribu Tangut sur la frontière nord-ouest, les Song ramenèrent la paix en payant une nouvelle fois un tribut en 1044. Au milieu du XIe siècle, en raison d'une crise agraire devenue chronique, les Song commencèrent à avoir des difficultés financières. Les dépenses militaires, associées à la défense des frontières du Nord, avaient consommé une part importante des revenus de l'État, tandis que la situation militaire et fiscale ne s'améliorait pas. Le gouvernement et l'administration se divisèrent sur la question des réformes à mettre en œuvre.
En 1069, un jeune empereur Song nomma un réformiste, Wang Anshi, conseiller principal. Wang conçut une série de réformes ambitieuses afin d'accroître les revenus du gouvernement, de réduire les dépenses de l'État et de renforcer l'armée. Convaincu que les revenus du gouvernement dépendaient de la prospérité de la paysannerie, il proposa une réforme agraire qui procurerait une meilleure répartition des terres, des possibilités de prêts pour les cultivateurs endettés, l'abandon de la corvée, remplacée pour les paysans par un impôt personnel, et l'achat des surplus de récoltes par l'État, qui pouvait les revendre ou les distribuer pendant les périodes de disette. Une partie du programme de Wang fut appliquée, mais il rencontra l'opposition très vive des conservateurs. Les réformes ne survécurent pas à sa mort, d'autant que la menace des nomades des steppes menaçait l'Empire de l'extérieur.
Sous le règne de l'empereur Huizong, poussés par leur propre faiblesse militaire et fiscale, les Song s'allièrent, au début des années 1120, avec la dynastie Jin (1122-1234) de Mandchourie du Nord contre les Liao. Après la défaite de ces derniers, les Jin se retournèrent contre les Song et marchèrent sur la Chine du Nord, s'emparant de la capitale, Kaifeng, en 1126. Les Song se retirèrent plus au sud, et en 1135, ils établirent une nouvelle capitale à Hangzhou, dans la province de Zhejiang.
Sous le règne des Song, la Chine continua à se développer rapidement. La dynastie Song connut un essor scientifique et technique extraordinaire : la poudre à canon fut employée vers l'an mille, l'horloge hydraulique, la clepsydre, qui fut inventée vers 1088, l'imprimerie par xylographes se développa. L'usage de la boussole marine, répandu vers 1100, venant à la suite d'autres progrès techniques dans la construction navale, permit l'expansion commerciale de la Chine. Les jonques de haute mer sillonnèrent les mers de l'Asie du Sud-Est. Fait unique dans l'histoire du pays, la fiscalité d'origine commerciale dépassa les revenus du sol.
Dans le domaine artistique, les progrès eurent un développement comparable, avec des peintres comme Ma Yuan et Xia Gui (Hia Xouei). De même, la production de céramique se développait et atteignit une qualité rarement égalée, notamment dans la fabrique des céladons. Sur le plan des idées, le néoconfucianisme se construisit sous l'impulsion de grands penseurs comme Zhang Zai (Tchang Tsai), pour aboutir à la synthèse finale élaborée par Zhu Xi (Tchou Hi).
La dynastie des Song du Sud fut finalement détruite par les forces d'un nouvel empire des steppes, l'Empire mongol. En 1215, les tribus mongoles de Gengis Khan déferlèrent sur la Chine du Nord et s'emparèrent de Pékin. Les Song du Sud lancèrent, en 1234, une contre-attaque désastreuse, dans le but de reconquérir les territoires situés au sud du Huang he, provoquant une réplique immédiate des Mongols. Même si le déclin administratif était apparent, les Song du Sud ne montrèrent aucun signe d'effondrement interne, et leur supériorité technologique (utilisation de fusées, de poudre à canon et de navires de combat à aubes) en fit de formidables adversaires. La dynastie fut finalement vaincue par une force militaire nettement supérieure, après des décennies de durs combats. La conquête des territoires des Song du Sud ne prit fin qu'en 1279, quand Kubilaï Khan, le petit-fils de Gengis, eut pris la tête de l'Empire mongol. Comme en Corée, les invasions, puis la conquête mongole, furent vécues par le peuple chinois comme une catastrophe nationale.

     
Taizu (Tai-tsu)
     
Taizong
     
Zhengzong
     
Renzong
     
Yinzong
 
     
Shenzong
     
Zhezong
 
     
 
1100 - 1126
 
     

Huizong

Né en 1082 - mort en 1135

Empereur de Chine, avant-dernier souverain de la dynastie Song du Nord fut un grand artiste ainsi qu'un grand mécène.

De son vrai nom Zhao Ji, il fut nommé Huizong ou Houei Tsong après sa mort. Empereur sans beaucoup de relief, il se consacra principalement à ses activités artistiques, laissant se développer des factions rivales au sein de sa cour. Huizong fut cependant un peintre de talent, un calligraphe raffiné, un mécène et un collectionneur passionné. Il réorganisa le programme de l'Académie impériale de peinture afin d'en élever le niveau technique. De même, il fut le mécène de nombreux artistes et favorisa un style fondé sur l'observation minutieuse de la nature et le rendu réaliste des sujets. Huizong pratiqua lui-même la peinture de fleurs et d'oiseaux, mais son art calligraphique fut plus remarquable encore. Sa Perruche à cinq couleurs (Museum of Fine Arts, Boston) démontre l'ampleur de son talent ainsi que le dynamisme et l'élégance de sa calligraphie.
Contraint de réagir face à l'aggravation de la situation aux frontières nord du pays, Huizong forma une alliance avec les tribus Jurchens de Mandchourie contre l'Empire barbare Liao. La coalition parvint à la victoire, mais les Jurchens se retournèrent contre les Chinois Song, et Huizong dut abdiquer, en 1125, en faveur de son fils, qui devint l'empereur Qinzong. En 1127 les Jurchens envahirent à nouveau la Chine, dévastèrent la capitale Kaifeng et remplacèrent la dynastie Song du Nord par leur propre dynastie Jin. Huizong et son fils furent tous deux capturés et passèrent les dernières années de leur vie en prison.

     
Qinzong
 
     
 
Gaozong
     
Xiaozong
 
     
 
Guanzong
     
Ningzong
 
     
Lizong
     
Duzong
 
     

Gongdi

     
Duanzong
     
Modi
     
     
     
 

Genghis Khan

Né vers 1167 - mort en 1227

Nom de règne de Temüjin, conquérant mongol, qui a fondé, à la tête d’armées de nomades, un immense empire allant des confins orientaux de la Chine à la mer Caspienne.

Orphelin jeune, Temüjin se met vers l’âge de quinze ans au service de Toghril Khan, chef des Kereïts. Faisant montre d’un génie militaire précoce, il vainc les Naïmans, les Merkits et les Tatars, ralliant des clans entiers, qui le choisissent comme souverain. Il se retourne alors contre le chef d’une coalition de tribus qui lui sont hostiles, Jamuqa, et contre Toghril Khan, s’empare du pays Kereït en 1203, et fait exécuter Jamuqa en 1205. En 1206, Temüjin s’est rendu maître de presque toute la Mongolie. Cette même année, au cours d’une diète réunissant les chefs de toutes les tribus, il se fait proclamer Gengis Khan (du chinois chêng-sze, « guerrier précieux » ; turc khan, « seigneur »), chef des tribus mongoles et tatares unifiées, fonde l’État mongol et choisit pour capitale la ville de Karakorom.

     
     
Dynastie Yuan (1279 - 1368)
     
Yuan, famille mongole qui régna en Chine de 1279 à 1368. L'occupation mongole de l'empire non-chinois Jin en Chine du Nord, commença sous Gengis Khan au début du XIIIe siècle et se poursuivit sous son fils Ögödei. Dans les années 1250, les neveux d'Ögödei, Mangu Khan et son frère Kubilaï Khan, conquirent le Sichuan, le Yunnan, et Annam ; Kubilaï Khan prit le contrôle de l'empire Song dans le sud de la Chine entre 1267 et 1279. Élu grand khan des Mongols en 1260, il prit ensuite le nom dynastique de Yuan pour régner sur la Chine, et adopta une forme de gouvernement chinois. Pendant son règne Pékin (appelé Cambaluc ou Khanbalik) devint la capitale de la Chine pour la première fois ; le commerce se développa, les communications s'améliorèrent et de nouvelles formes de littérature émergèrent. Les voies terrestres de l'Asie étaient sous contrôle mongol, facilitant les voyages entre la Chine et l'Europe. Parmi les Européens qui rendirent visite à la cour de Kubilaï Khan se trouvait le Vénitien Marco Polo, qui décrivit l'empire Yuan dans ses écrits.
Les Mongols formaient une classe gouvernante étrangère peu appréciée des Chinois qui étaient exclus de tout poste important. Sous le règne du successeur de Kubilaï Khan, leur pouvoir sur la Chine diminua. Ils furent finalement renversés par le chef chinois Zhu Yuanzhang, qui fonda la dynastie des Ming.

     
 
1260 - 1294
 
     

Khubilai Khan

Né en 1215 - mort en 1294

Fondateur de la dynastie Yuan mongole en Chine, petit-fils du conquérant mongol Gengis Khan et son successeur le plus connu.

Kubilaï acheva la conquête de la Chine qu'avait commencée son grand-père. De 1252 à 1259, il aida son frère Möngke Khan à conquérir la Chine du Sud, allant avec succès jusqu'au Tibet et au Tonkin. À la mort de son frère en 1259, il devint grand khan. Entre 1260 et 1279, il réussit à chasser les Tatars Jin hors de Chine du Nord et à maîtriser les factions rebelles mongoles, bien qu'il restât éloigné des nomades traditionalistes mongoles. En 1264, il fonda sa capitale sur le site actuel de Pékin ; elle s'appelait Khanbalik, romanisé en Cambaluc. Il renonça à réclamer sa part de l'Empire mongol en dehors de Chine, envahit les régions chinoises encore indépendantes, et en 1279, il établit la dynastie Yuan comme successeur de la dynastie Song du Sud. Il entreprit des guerres pour faire payer des tributs aux états voisins et restaurer le prestige de la Chine, conquérant la Birmanie et la Corée. Ses expéditions militaires (1274 et 1281) au Japon et au Tonkin furent des échecs.
Son nom fut connu dans toute l'Asie et en Europe. La cour de Cambaluc attirait les voyageurs de tout pays, dont le célèbre vénitien Marco Polo qui remplit des missions administratives pour l'empereur. Kubilaï fit beaucoup pour encourager le développement du commerce, de la littérature et des arts. Il fut un bouddhiste fervent et en fit la religion d'État, mais les autres religions furent tolérées pendant son règne. Il montra de la pitié dans la guerre contrairement à la tradition mongole qui favorisait le massacre systématique.

     
Queen of Khubilai Khan (Shizu)[Shih-tsu]
     
ChengZong
     
WuZong
     
RenZong
     
WenZong
     
NingZong
     
Shundi
 
     
     
Dynastie Ming (1368 - 1644)
     
Après avoir chassé de Chine le régime mongol, les Ming seront eux-mêmes supplantés par un pouvoir d’origine non chinoise, la dynastie mandchoue des Qing. Le destin de cette dernière dynastie « nationale » présente maints aspects du classique « cycle dynastique » : née des rébellions suscitées par un régime oppressif et corrompu, fondée par un chef de guerre pouvant se targuer d’avoir recueilli le mandat céleste, confrontée, après une phase initiale de reconstruction, à des difficultés de tous ordres qui, en dépit d’une tardive reprise en main, finiront par provoquer un nouvel embrasement et par l’emporter...
Aux origines de la dynastie des Ming, le mouvement messianique des Turbans rouges qui se dresse contre le pouvoir mongol à partir de 1351. L’un des chefs rebelles, Zhu Yuanzhang, installe sa base à Nankin (1356), d’où il conquiert l’empire en une douzaine d’années et où il se proclame empereur en 1368 avec le nom de règne de Hongwu. Son petit-fils Jianwen (règne de 1398 à 1402), qui lui succède, entend rendre le gouvernement au pouvoir civil et enlever leur pouvoir à ses oncles, apanagés par Hongwu dans des fiefs frontaliers. L’un de ces derniers se soulève à Pékin et, après quatre ans de guerre civile, s’empare du trône avec pour nom de règne Yongle (règne de 1403 à 1424) . Il transfère la capitale à Pékin (1421), où elle demeurera jusqu’à la fin de la dynastie, Nankin restant capitale secondaire. Le Grand Canal, réaménagé, est le lien vital entre les riches provinces du Sud et les centres politiques et stratégiques du Nord. Au régime encore très militariste de Yongle (qui conduit personnellement cinq expéditions contre les Mongols) succèdent des gouvernements beaucoup plus « confucéens » et favorables à la bureaucratie lettrée, même si les institutions du despotisme impérial mises en place par Hongwu sont conservées. Mettant un terme aux grandes expéditions maritimes lancées par Yongle, ses héritiers adoptent une politique de repli sur les frontières et prohibent le commerce outre-mer. L’affaiblissement militaire de la dynastie est mis en évidence lorsque les Mongols s’emparent de l’empereur Zhengtong, qui s’est laissé entraîner à la tête d’une expédition contre leur chef Esen Khan (1449). Les Mongols restent une menace potentielle et parfois pressante (ils assiègent Pékin en 1550) jusqu’au traité conclu en 1570 avec Altan Khan, et c’est pour se préserver d’eux que les Ming ont reconstruit la Grande Muraille. La « fermeture maritime » est pour une bonne part à l’origine des raids de « pirates japonais » (wokou) qui ravagent les provinces du Sud-Est (1553-1564), beaucoup de ces Japonais étant en fait des contrebandiers chinois. Les victoires de généraux Ming comme le fameux Qi Jiguang, ainsi que la légalisation du commerce maritime (1567), mettent un terme à l’épisode. Intervenant au moment même où la présence occidentale s’affirme en Extrême-Orient (les Portugais sont admis à Macao en 1557), la réouverture des côtes a un impact considérable sur l’économie et la société de la Chine du bas Yangzi et du Sud-Est : développement rapide du commerce et de l’artisanat, spécialisation agricole, urbanisation... Les rentrées d’argent en provenance du Japon et de l’Amérique espagnole via les Philippines sont à l’origine de la monétarisation accélérée de l’économie et de la fiscalité, et leur tarissement, à la fin des années 1630 et au début des années 1640, provoquera une grave récession.
Pourtant celle-ci n’est qu’un des facteurs qui entraîneront la chute des Ming, et que n’auront su prévenir les efforts d’assainissement entrepris sous la direction du grand secrétaire Zhang Juzheng entre 1568 et 1582. On citera pêle-mêle les affrontements politiques qui se succèdent depuis le règne de Wanli (1573-1620), notamment entre les factions qui collaborent avec les eunuques (lesquels ont toujours eu une influence démesurée sous les Ming) et les fondamentalistes confucéens, particulièrement actifs dans le bas Yangzi ; la paralysie de l’État qui en résulte ; la crise agraire due à l’état d’abandon des équipements hydrauliques (dès la fin du XVIe s.) et à une série de calamités naturelles et d’épidémies culminant au début des années 1640 ; une crise sociale qu’explique en partie l’éclatement des cadres traditionnels de contrôle ; et l’alourdissement considérable des prélèvements de l’État. Celui-ci s’explique principalement par des dépenses militaires en accroissement rapide : expéditions contre les Japonais en Corée en 1592 et en 1597-1598, guerre contre les Mandchous à partir de 1618, rébellions populaires dans le Nord-Ouest, puis dans le nord et le centre de l’empire à partir de 1627. Obligeant les Ming à diviser leurs forces, la conjonction des rébellions et des Mandchous sera fatale en dépit des efforts de redressement de l’empereur Chongzhen (règne de 1628 à 1644). Ce dernier se donne la mort au moment où le rebelle Li Zicheng entre dans Pékin, pour en être bientôt chassé par les Mandchous, dont la dynastie Qing déclare prendre possession de l’empire. Miné par les luttes de factions, le régime des Ming du Sud installé à Nankin tombe l’année suivante ; le dernier des prétendants Ming sera capturé à la frontière de la Birmanie, une quinzaine d’années plus tard.

     
     
 
1368 - 1398
 

Zhu Yuanzhang

Né en 1328 - mort en 1398

Rebelle chinois et empereur sous le nom de Hongwu (1368-1398 titre posthume Ming Taizuh), fondateur de la dynastie des Ming. Né à Haozhou, fils de paysans, il devint orphelin à l'âge de seize ans et entra dans un monastère bouddhiste qu'il quitta en 1352 pour rejoindre les insurgés nationalistes du « Turban rouge » qui supportaient un descendant supposé de la dynastie des Song contre la dynastie mongole régnante des Yuan. Général brillant, Zhu prit le commandement des rebelles en 1355, se rendit maître de l'Est de la Chine, et en 1356, il s'empara de Nankin, dont il fit son quartier général et plus tard la capitale impériale. Se proclamant lui-même duc et plus tard prince de Wu, il étudia l'art de gouverner avec des professeurs qui étaient des fonctionnaires, et mit en place une administration compétente dans les territoires occupés. L'Est de la Chine étant alors délivré du contrôle mongol, Zhu écrasa son principal rival du Turban rouge en 1363 lors d'une importante bataille navale sur le lac Poyang hu, dans la province de Jiangxi. Une fois maître de la vallée du Changjiang, il élimina d'autres seigneurs de guerre, mais resta loyal en apparence au chef du Turban rouge jusqu'à la mort mystérieuse de celui-ci en 1367, après laquelle il devint la figure de proue de la résistance antimongole. Zhu s'empara de la capitale des Yuan, Pékin en 1368, et se proclama empereur de la dynastie des Ming (« clarté »). En 1382, il avait unifié toute la Chine et nommé ses fils princes des régions assujetties. Insistant sur la nécessité d'un gouvernement efficace, il réorganisa les écoles et les examens d'entrée des fonctionnaires de l'État pour former des subordonnés compétents, mais fut aussi méfiant envers eux, n'hésitant pas à les faire battre à mort pour des erreurs insignifiantes. Il organisa des purges massives, notamment en 1380 et 1393. Lors de la purge de 1380, Zhu fit exécuter son Premier ministre et ses nombreux partisans. Après avoir ainsi éliminé ses plus puissants ministres, il assuma personnellement leurs fonctions, aidé de grands secrétaires. Le système de gouvernement qu'il mit en place survécut sans changements substantiels jusqu'à l'abdication du dernier empereur de Chine en 1911. L'administration efficace de Zhu amena la paix et la prospérité à la Chine, mais la nature despotique de son régime laissa la place à d'éventuelles mauvaises administrations de la part de ses successeurs.

     
Chengzu
     
RenZong
     
XuanZong
     
YingZong
     

XianZong

     
XiaoZong
     
WuZong
     
ShiZong
     
MuZong
     
ShenZong
     
GuangZong
     
XiZong
     
SiZong
 
     
     

Dynastie Qing (1644 - 1912)

     
QING [TS’ING] LES, dynastie mandchoue (1644-1911)
Dernière maison impériale ayant régné sur la Chine, les Qing sont issus d’un groupe de tribus Tungus vivant dans les forêts de l’est de la Mandchourie, considérées comme vassales par les Ming, et fédérées à la fin du XVIe siècle par Nurhaci (1559-1626), tenu pour le fondateur de la dynastie . La construction d’un État mandchou (le mot apparaît en 1636), fortement inspiré de l’exemple chinois mais possédant ses propres institutions tribales et militaires (le système des « Huit Bannières »), est son œuvre et celle de son fils Abahai (1592-1643). À la veille d’envahir la Chine, les Mandchous ont eu le temps de s’emparer des territoires Ming du Liaodong (les hostilités ont commencé en 1618), de lancer plusieurs raids meurtriers en Chine propre, d’établir leur suzeraineté sur la Corée et la Mongolie orientale et d’absorber de très nombreux Chinois dans leur armée et leur administration. En 1644, alors qu’ils font face à l’armée du général Wu Sangui à la passe de Shanhaiguan, ils s’entendent avec ce dernier pour combattre le rebelle Li Zicheng qui vient de prendre Pékin. Une fois entrés dans la ville, les Mandchous y établissent leur régime. L’empereur Shunzhi (règne de 1644 à 1661) étant encore enfant, le véritable artisan de la conquête de l’empire sera le régent, son oncle Dorgon.
Cette conquête est à la fois rapide et lente. Les armées sino-mandchoues s’emparent de Nankin, où se sont réfugiés les Ming, dès 1645, et les autres capitales provinciales du sud de la Chine tombent peu après. Mais si l’accueil des notables à ces nouveaux protecteurs de l’ordre est en général favorable, la résistance loyaliste n’en reste pas moins endémique pendant de nombreuses années, en particulier dans la vallée du Yangzi et le long de la côte sud-est. Le dernier des princes Ming, réfugié au Yunnan, est capturé et exécuté en 1662 à la frontière birmane, mais le pirate Koxinga continue la résistance à Taiwan. En 1673-1681 le jeune empereur Kangxi (règne de 1661 à 1722) doit affronter une vaste rébellion en Chine du Sud, menée par trois des généraux chinois (dont Wu Sangui) qui ont aidé les Mandchous à conquérir l’empire, mais refusent à présent d’être dépouillés de la quasi-autonomie dont ils jouissent dans leurs fiefs.
Les marches de l’empire sont conquises ou réduites à l’état de protectorat dans les décennies suivantes : prise de Taiwan (1683), protectorat sur l’actuelle Mongolie-Extérieure (1690-1691), sur le Tibet (1720), sur l’Asie centrale (ou Xinjiang) après de multiples expéditions contre les Mongols occidentaux (1696-1759). Le territoire ainsi constitué est le plus vaste jamais contrôlé par une dynastie chinoise et correspond à peu près à celui de l’actuelle république populaire de Chine .
Sur le plan intérieur, les Mandchous s’emploient à reconstruire l’État et l’économie sur des bases essentiellement empruntées aux Ming. Cherchant à se concilier les élites chinoises en les associant au gouvernement, ils se posent en continuateurs de la tradition et en protecteurs des arts et des lettres. Après les remous du début, la première moitié de la dynastie, soit essentiellement les longs règnes de Kangxi et de Qianlong (1735-1795), est une ère de paix et de prospérité comme la Chine en a rarement connue. Elle est notamment marquée par une très forte croissance économique et démographique (dès 1800 la population dépasse largement les 300 millions). L’administration est généralement efficace, surtout après les réformes de l’empereur Yongzheng (règne de 1722 à 1735), qui centralisent le gouvernement et rationalisent la fiscalité. L’empire mandchou au XVIIIe siècle est certainement le plus puissant du globe ; c’est aussi le plus admiré dans l’Europe des Lumières, qui le perçoit à travers le prisme des descriptions des missionnaires catholiques, admis à la cour depuis la fin des Ming.
Pourtant de nombreux déséquilibres apparaissent dès avant 1800. L’accroissement démographique a poussé l’exploitation des terres arables jusqu’aux limites de leurs possibilités, et le défrichement sauvage des massifs montagneux a des conséquences écologiques néfastes, perçues dès cette époque. La fin du règne de Qianlong se signale par le style de vie très dispendieux de la cour et par la corruption grandissante d’une bureaucratie complètement dominée par le favori du vieil empereur, un jeune garde mandchou nommé Heshen. La rébellion du Lotus blanc, qui ravage les massifs à la limite du Hubei, du Sichuan et du Shaanxi entre 1796 et 1804, est une des conséquences de ces développements ; elle met aussi en évidence l’affaiblissement militaire de la dynastie. Les efforts d’assainissement de l’empereur Jiaqing (règne de 1796 à 1820) ne peuvent renverser la tendance.
Si la Chine demeure un empire formidable, sa position internationale s’affaiblit. Depuis la fin du XVIIIe siècle, les puissances occidentales manifestent leur impatience de briser les contraintes imposées au commerce étranger dans le cadre du système de Canton. Les bénéfices en argent que celui-ci rapportait à la Chine font place à un déficit grandissant du fait des importations d’opium. Les mesures sévères d’interdiction décidées par l’empereur Daoguang (règne de 1820 à 1850) et son conseiller Lin Zexu conduisent aux affrontements avec les corps expéditionnaires anglais et français connus sous le nom de « guerre de l’opium » (1839-1842). Même s’il n’a pas beaucoup d’impact immédiat, le traité de Nankin qui les conclut — le premier des « traités inégaux » — ouvre un processus d’« ouverture » de la Chine aux nations étrangères qui va durer jusqu’à la fin du siècle et provoquer maints autres conflits.
Le mouvement révolutionnaire des Taiping, qui déferle sur une grande partie de l’empire entre 1850 et 1864, est pour une part la conséquence de ces développements, ne serait-ce que par l’inspiration chrétienne trouvée par son fondateur à Hong Kong, ou par le succès qu’il rencontre auprès des milieux actifs dans la contrebande de l’opium depuis le Guangdong, mis au chômage par l’ouverture de Shanghai. En conjonction avec d’autres rébellions comme celle des Nian en Chine du Nord, les Taiping ne sont pas loin de renverser la dynastie, laquelle doit sa survie à la fois à la résistance organisée dans les provinces par un certain nombre de hauts fonctionnaires loyalistes, et à l’appui que lui accordent finalement les puissances occidentales. Le renouveau politique conservateur des ères Tongzhi (1862-1874) et Guangxu (1875-1908), pendant lesquelles le pouvoir suprême est détenu par l’impératrice douairière Cixi, pas plus que les tentatives plus ou moins heureuses de création d’une industrie lourde sous l’égide de hauts fonctionnaires réformistes (le « mouvement des affaires occidentales », yangwu yundong), ne peuvent remédier à la faiblesse militaire de l’empire. Celle-ci est mise en évidence lors de la défaite contre le Japon en 1895, ressentie comme une catastrophe nationale. La dynamique oppositionnelle créée par la popularisation en Chine des notions occidentales de démocratie et de révolution, par le puissant sentiment anti-mandchou entretenu par les sociétés secrètes, par la faiblesse du régime face aux étrangers, et par sa répugnance à accorder une réforme constitutionnelle, aboutissent à la révolution de 1911 et à la chute des Qing.
     
TaiZu
     

TaiZong

     
 
1644 - 1661
 
     
ShunZhi
     
 
1661 - 1723
 
     

KangXi

Né en 1654 - mort en 1722

Xuanye (le futur empereur Kangxi) a 7 ans lorsqu’il monte sur le trône en 1661. À l’âge de 13 ans, sur les conseils de sa grand-mère, l’impératrice douairière Xiaozhuang, il parvient à congédier habilement les régents qui le surveillent et administre dès lors lui-même son empire. Il se montre très vite expert en relations publiques et s’efforce de gagner la bienveillance d’un peuple chinois souvent hostile à la domination mandchoue, tout en réprimant avec fermeté toute velléité de révolte. C’est ainsi qu’il mate la rébellion des Trois Feudataires (1673-1681) des provinces du Quangdong, du Fujian et du Yunnan. Parallèlement, il négocie avec la Russie les frontières de la Chine sur le fleuve Amour (traité de Nertchinsk, 1689) et entreprend (en grand apparat et entouré d’une suite imposante) six tournées d’inspection dans les régions du Bas Yangzi, berceau de la culture chinoise. Ces visites lui permettent de se familiariser avec les conditions de vie locales, de réaffirmer son autorité auprès des responsables locaux et de manifester publiquement l’intérêt qu’il porte à l’ensemble de son peuple.
Kangxi se fait également le protecteur des religions, notamment du bouddhisme tibétain et du confucianisme. En 1670, il édicte 16 maximes fondées sur les enseignements de Confucius. Il ordonne à ses fonctionnaires d’en faire la lecture et de les commenter au cours des réunions de village. Par ces maximes, qui exhortent notamment au respect des valeurs familiales et des ancêtres, à la générosité, à la frugalité, au labeur et au paiement de l’impôt, l’empereur Kangxi entend montrer que, en dépit de son origine mandchoue, il s’acquitte en homme de culture et de vertu de son mandat de Fils du Ciel et qu’il reste un fidèle gardien des traditions de la nation Han. Dans le même temps, en tant que maître du calendrier (mandat également dévolu au souverain), il s’entoure des conseils de missionnaires jésuites (Ferdinand Verbiest, Tomás Pereira), dont le fascinent les connaissances scientifiques et qu’il nomme successivement à la tête du Bureau d’astronomie impérial.
Pour gagner à sa cause les mandarins, indispensables au fonctionnement de l’administration, l’empereur Kangxi lance plusieurs projets littéraires ambitieux. En 1679, il organise un concours spécial pour le recrutement de cinquante lettrés qui se voient confier la rédaction d’une Histoire de la dynastie Ming. Il commande également un dictionnaire (Kangxi zidian) contenant près de 50 000 entrées, ainsi qu’une encyclopédie de 5 000 volumes (Gujin tushu jichen), qui sera publiée quelque temps après sa mort. Flattés d’avoir été choisis pour contribuer à la réalisation de ces grands projets, les érudits chinois en oublient de ce fait leurs griefs à l’égard des envahisseurs mandchous.
Kangxi fait également entreprendre un relevé cartographique de l’Empire chinois, dont il confie la direction au père jésuite français Pierre Jartoux. La carte correspondante est dressée entre 1709 et 1718 et donne lieu à la publication du premier Atlas cartographique de la Chine (Hangyu Quanlatu), qui sera gravé sur plaques de cuivre par Matteo Ripa (missionnaire napolitain). La promotion de ces divers projets permet à Kangxi d’afficher non seulement son adhésion aux valeurs culturelles chinoises et la maîtrise qu’il en a, mais aussi son éclectisme culturel, et d’afficher de surcroît une supériorité sur les empereurs qui l’ont précédé sur le trône, ainsi qu’un rayonnement qui dépassera les frontières et que Louis XIV en personne lui enviera.
L’empereur Kangxi meurt après avoir choisi pour lui succéder le prince Yingzhen, son onzième fils, qui sera intronisé en 1723 sous le nom de Yongzhen.

     
 
1723 - 1736
 
     
YongZheng
     
 
1736 - 1796
 
     

Qianlong

Né en 1711 -  mort en 1799

Qianlong est le quatrième empereur de la dynastie mandchoue des Qing à régner sur la Chine. Son long règne (écourté un peu plus de trois ans avant sa mort pour ne pas dépasser le « record » de son grand-père Kangxi) coïncide avec l’apogée de la dynastie : rarement en fait, dans toute son histoire, la Chine a été aussi prospère et aussi puissante. Monté sur le trône à vingt-cinq ans après avoir été (comme ses frères) soigneusement préparé au métier d’empereur, Qianlong affirme vouloir suivre une voie moyenne entre la tolérance de Kangxi et la rigueur de son père Yongzheng. Les réformes administratives de Yongzheng sont préservées, de même qu’un style de gouvernement plus centralisé que jamais, s’appuyant sur la communication directe entre l’empereur et ses proches conseillers (le Grand Conseil) d’une part, les hauts fonctionnaires provinciaux et métropolitains de l’autre. Ces institutions font peser une charge considérable sur l’empereur lui-même, et, tout comme son père, Qianlong est un travailleur acharné, suivant avec une attention impitoyable la marche des affaires dans toutes les parties de l’empire. Politiquement, son règne peut être divisé en trois grandes périodes. Pendant la première, le Grand Conseil est dominé par des hommes d’État expérimentés, arrivés au pouvoir sous le règne de Yongzheng, tels Oertai et Zhang Tingyu. Pendant la deuxième (1750-1780 env.), les principaux conseillers de l’empereur sont son beau-frère Fuheng (mort en 1770), puis Yu Mingzhong ; c’est pendant ces années que Qianlong exerce le pouvoir de la façon la plus « personnelle ». Le nouvel homme fort, dès avant 1780, est Heshen, un jeune Mandchou de la garde impériale devenu le favori du vieil empereur ; brillant mais corrompu, Heshen monopolise le gouvernement avec la complicité active ou forcée de la plus grande partie de la bureaucratie ; en dépit de l’abdication volontaire du nouvel an 1796, Qianlong et Heshen conservent le pouvoir de facto jusqu’à la mort du premier, promptement suivie de l’arrestation et de l’exécution du second.
Poursuivant les efforts de ses prédécesseurs, Qianlong réussit à briser finalement le pouvoir des Mongols Zungar et à instaurer la domination définitive des Qing en Ili et dans le Turkestan musulman (1755-1759). L’empire a désormais atteint sa plus grande dimension, à quelques détails près celle de l’actuelle République populaire. Plusieurs autres expéditions, qui rencontrent des succès variés, marquent le règne : contre les tribus des contreforts orientaux du Tibet (1745-1749 et 1770-1776), en Birmanie (1767-1771), contre une rébellion à Taiwan (1786-1788), pour soutenir une dynastie vassale au Vietnam (1787-1789), contre les Gurka du Népal (1792). Ces aventures militaires se déroulent toutes aux périphéries de l’empire. Plus inquiétantes sont les rébellions qui éclatent à la fin du règne en Chine propre, dans les périphéries régionales : celle des minorités Miao du Hunan et du Guizhou (1795-1797), et surtout celle, provoquée par les exactions de l’administration, des populations qui défrichent les massifs situés à la limite du Hubei, du Sichuan et du Shaanxi ; elle ne sera réduite qu’après huit ans d’une guerre ruineuse et inefficace (1795-1803).
Malgré le coût de ces opérations et le style de vie de plus en plus dispendieux de la cour après 1750 (avec notamment de nombreuses tournées impériales dans le Sud), les finances publiques dégagent des excédents considérables jusqu’à la fin du règne, et ce grâce à une fiscalité assainie par les réformes de Yongzheng, appuyée sur le formidable développement économique et démographique qui caractérise la période. L’organisation des secours dans les régions touchées par des calamités naturelles et les stockages de grains publics sont systématisés et développés à un point inconnu jusqu’alors. La totalité de l’empire bénéficie par quatre fois d’une remise gracieuse des impôts de l’année. C’est sous Qianlong également que s’organise le commerce de Canton (désigné comme seul port ouvert aux Occidentaux en 1757), lequel procure des revenus considérables et a un impact notable sur l’économie de l’intérieur (thés, soies). L’hostilité des Anglais au système de Canton, qui limite sévèrement le volume et la liberté du commerce, est à l’origine de la mission Macartney (1793), laquelle n’obtient rien mais nous vaut plusieurs comptes rendus riches d’aperçus sur la prospérité et la tranquillité de l’empire à la fin du XVIIIe siècle. Les signes avant-coureurs d’une crise qui éclatera au grand jour au XIXe siècle sont pourtant là : pression démographique, fragilité des grands travaux hydrauliques, corruption et insuffisance numérique de la bureaucratie...
Par-delà l’image qu’il s’est efforcé de donner de lui-même — souverain éclairé, soucieux du bien-être du peuple, protecteur des arts et des lettres, poète prolifique, chasseur émérite... — Qianlong apparaît comme un personnage énergique, clairvoyant, ayant une haute idée des devoirs de sa charge. Son goût du luxe et des bibelots se retrouve dans les immenses collections assemblées au palais et dans la résidence d’été du Yuanmingyuan, à l’ouest de Pékin, pour laquelle il fait dessiner des bâtiments et des jardins à l’italienne par les Jésuites. Le plus important des projets éditoriaux patronnés par Qianlong est le Siku quanshu, une collection rassemblant tous les grands textes de la tradition chinoise, édités par les meilleurs lettrés de l’empire. Mais le projet est aussi l’occasion d’une « chasse aux sorcières » visant à rechercher et à confisquer tous les textes risquant de porter ombrage aux Mandchous et aux autres ethnies qui ont étrangères qui ont dominé la Chine, et à en punir les auteurs ou les détenteurs.

     
 
1796 - 1821
 
     
JiaQing
     
 
1821 - 1851
 
     
DaoGuang
     
 
1851 - 1862
 
     
XianFeng
     
 
1862 - 1875
 
     

TongZhi

Pendant ces deux règnes, le pouvoir est aux mains de Cixi.

     
 
1875 - 1908
 
     
GuangXu
     
 
1908 - 1912
 
     

PuYi

Né en 1906 - mort en 1967

Dernier empereur de Chine de la dynastie Qing ou Mandchoue. Neveu du précédent empereur, il fut choisi par l'impératrice douairière Cixi pour lui succéder, alors qu'il était encore enfant, sous le nom de Xuantong. La révolution de 1911-1912, menée par Sun Yat-sen, l'obligea à abdiquer à l'âge de six ans. La république de Chine lui accorda un statut privilégié : une pension annuelle de 4 millions de taëls, le droit de conserver son titre et de résider à Pékin dans la Cité Interdite. Puyi reçut une double éducation, chinoise classique et occidentale, et remonta brièvement sur le trône pendant douze jours en juillet 1917 lors d'un coup d'État monarchiste. Chassé de Pékin par un seigneur de la guerre, il trouva refuge en 1924 dans la concession japonaise de Tianjin. Alors qu'il vivait en résidence semi-surveillée, les Japonais lui proposèrent la couronne de l'État fantoche du Mandchoukouo qu'ils étaient en train de créer. En mars 1934, Puyi devint empereur du Mandchoukouo (voir Mandchourie), sous le nom de Kangde, liant son sort à celui des Japonais. À la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, il fut pris dans la débâcle japonaise et arrêté par une unité de l'armée soviétique. Les Soviétiques le détinrent à Khabarovsk jusqu'en 1950, puis le livrèrent aux autorités de la République populaire de Chine. Il fut interné immédiatement et « rééduqué » dans une prison de Kharbin pendant presque dix ans. Libéré en 1959, il passa les huit dernières années de sa vie comme jardinier et bibliothécaire à Pékin. Son autobiographie, De l'Empereur au Citoyen, fut rédigée sous l'œil attentif des autorités chinoises.

     
     
République de Chine (1912-1949)
     
Une Constitution est adoptée et un Parlement convoqué en 1912. Mais Yuan Shikai ne laisse jamais ces institutions entraver sa mainmise sur le pouvoir et établit une dictature (1912-1916). Lorsque le Guomindang, parti nationaliste fondé en 1911 par Sun Yat-sen, tente de limiter ses pouvoirs, d’abord par des tactiques parlementaires, puis par la révolution manquée de 1913, Yuan réagit. Il impose la dissolution du Parlement, interdit le Guomindang et utilise son influence personnelle auprès des chefs militaires provinciaux pour gouverner. Sun Yat-sen se réfugie au Japon. L’opposition populaire contraint néanmoins Yuan Shikai à abandonner ses ambitions de restaurer l’Empire et de devenir empereur. À sa mort en 1916, plusieurs gouverneurs proclament l’indépendance de leur province. Pendant plus de dix ans, le pouvoir politique passe aux mains de ces seigneurs de la guerre (dujun), qui règnent localement. Le gouvernement central conserve une existence précaire et parfois fictive jusqu’en 1927.
     
 
1912 -1916
 
     
 

Yuan Shikai

Né en 1859 -  mort en 1916

Homme d'État et généralissime chinois des dernières années de l'empire des Qing et le début de la période républicaine. Il naquit à Xiangcheng, dans la province du Henan. En 1885, il devint le résident impérial chinois en Corée, où il demeura jusqu'en 1894. Yuan fit échouer un complot contre l'impératrice douairière chinoise Cixi en révélant à cette dernière les plans de réforme de l'empereur Guangxu. En récompense, Yuan fut nommé gouverneur de Shandong. Il fut vice-roi de la province de Zhili (aujourd'hui Hebei) de 1901 à 1907. En 1908, après la mort de Guangxu et de l'impératrice douairière, le régent du nouvel empereur l'obligea à se retirer, mais il garda des relations étroites avec les dirigeants militaires.
Lors de la révolution de 1911, Yuan fut rappelé et on lui confia les troupes impériales en Chine du Nord. Il négocia l'abdication du dernier empereur Xuantong, et par le dernier édit impérial du régime mandchou du 12 février 1912, il fut nommé Premier ministre et autorisé à former un gouvernement républicain. Le dirigeant révolutionnaire Sun Yat-sen démissionna de son poste de président provisoire de la République chinoise en faveur de Yuan, qui fut officiellement élu président en octobre 1913. En moins d'une année, Yuan interdit Sun et son parti, le Guomindang, fit dissoudre le parlement, et assuma un pouvoir dictatorial sur la Chine. Fin 1915, ses partisans s'assurèrent l'accord des provinces pour restaurer l'empire, et à la fin de l'année, Yuan se proclama empereur. Les protestations et les manifestations qui se déroulèrent dans les provinces du Sud, l'obligèrent à renoncer au pouvoir en avril 1916. Il mourut deux mois plus tard.

     
 
1916 - 1921
 
     
Li Yuang-Hong
 
     
 
1921 - 1925
 
     

Sun Yat-Sen

Né en 1866 - mort en 1925

Homme politique chinois qui participa au renversement de la dynastie Mandchoue des Qing (1911) et à la création de la république de Chine en 1912 ;

Considéré comme le père de la Chine moderne, aussi bien par les nationalistes que par les communistes chinois.

Sun, de son vrai nom Sun I-Hsien, naquit le 12 novembre 1866 à Xiangshan, dans la province de Guangdong, dans le sud de la Chine. En 1879, il rejoignit son frère aîné, négociant à Honolulu. Après des études secondaires chez les pères, il rentra en Chine en 1883, étudia la médecine à Hong Kong, où il ouvrit un cabinet.
Sun comme beaucoup de Chinois détestait les Mandchous, qu’il considérait comme des usurpateurs et un obstacle à la modernisation de la Chine. La défaite chinoise lors de la guerre sino-japonaise (1894-1895) l’avait marqué profondément. En contact avec les sociétés secrètes, il organisa plusieurs soulèvements, à Canton en 1895, à Waizhou en 1900 ; insurrections qui furent toutes des échecs et l’obligèrent à s’exiler. Pendant seize ans, Sun va vivre le plus souvent à l’étranger et tisser tout un réseau de relations avec les communautés chinoises d’outre-mer, les hommes politiques japonais et occidentaux. L’absence de principes politiques stables caractérisait ses activités. Tantôt il réclamait de l’aide pour son pays afin de « venger l’humiliation que subit la race jaune » comme lors de sa visite au Japon en 1897, tantôt il proposait aux Occidentaux de mettre en tutelle la Chine pour une période déterminée. Cet opportunisme joint à un manque de modestie constant l’empêchèrent de capter à son profit l’attention des jeunes intellectuels révolutionnaires. Malgré ces échecs répétés, Sun Yat-sen ne désarma pas. En 1905, il fonda à Tokyo le T’ong-meng Hui (parti de la Ligue jurée), rassemblement de plusieurs partis antimandchous, et il élabora un programme qui restera un chef-d’œuvre d’ambiguïté, à tel point que même sous sa forme la plus élaborée (1925), les communistes et les nationalistes en tireront argument pour justifier leurs politiques, bonnes ou mauvaises ; il se résume en trois formules, les san min zhuyi, ou « Trois principes du peuple » : minzu, « indépendance du peuple », ce qui n’a en 1911 qu’une résonance antimandchoue ; minquan, « souveraineté du peuple » ; minsheng, « bien-être du peuple », qui sera interprété en « socialisme » quand le besoin s’en fera sentir.
Les forces révolutionnaires réussirent finalement à renverser le gouvernement mandchou à Wuchang le 10 octobre 1911. Sun était aux États-Unis et considéra l’événement comme un « accident » ; il ne rentra en Chine que sur les instances de ses amis. Avec l’appui de la bourgeoisie shanghaienne, Sun parvint à prendre le contrôle du mouvement et fut élu le 1er janvier 1912 président provisoire de la nouvelle république de Chine, dont la capitale se trouvait à Nankin. Les militaires, qui avaient soutenu le mouvement, n’entendaient pas se laisser déposséder de leur victoire. Sun Yat-sen fut obligé de démissionner en faveur de Yuan Shikai, qui ironiquement, le nomma directeur des chemins de fer. La quasi-totalité du réseau ferré étant hypothéquée par des emprunts étrangers, on mesure l’ampleur du camouflet.
En août 1912, Sun avait formé son propre parti : le Guomindang (KMT), qui deviendra, avec le Parti communiste chinois, la plus puissante organisation politique de la Chine. Installé à Canton, Sun Yat-sen n’avait pas les moyens militaires de contrer les seigneurs de la guerre qui avaient pris le pouvoir. Le salut allait venir de l’URSS, qui cherchait des alliés. En décembre 1922, Abraham Joffe, l’émissaire du Parti bolchevik en Extrême-Orient, lui proposa de l’aide. En janvier 1923, une déclaration commune fut publiée, qui précisait bien que le communisme n’était pas applicable en Chine ; des conseillers politiques et militaires russes, sous la direction de Mikhaïl Borodine et de Balen-Blücher, réorganisèrent l’armée et le Guomindang, où entrèrent des militants communistes. En janvier 1924, au congrès rénové du Guomindang, l’un des délégués communistes n’est autre que Mao Zedong. Cette alliance fut de courte durée, deux ans à peine après la mort de Sun à Pékin le 12 mars 1925, son successeur, Jiang Jieshi rompait avec le Parti communiste chinois.
Fervent nationaliste, Sun Yat-sen a été incontestablement le premier homme d’État moderne de la Chine. Opportuniste et pragmatique, il n’eut cependant ni l’autorité nécessaire ni le temps pour fédérer autour de son parti les nationalistes chinois écartelés entre des choix inconciliables : démocratie ou socialisme.

     
 
1926 - 1975
 
     
Tchang Kaïchek

Né en 1887 - mort en 1975

Jiang Jieshi ou Tchang Kaï-chek , homme d'État et militaire chinois, qui joua un rôle central dans l'histoire de la Chine moderne. Jiang Jieshi naquit à Fenghua, dans la province du Zhejiang (Chekiang), le 31 octobre 1887.

Jiang rejoignit la Ligue Jurée de Sun Yat-sen, une organisation secrète précurseur du Guomindang, le parti nationaliste chinois, qui fut fondé en 1911 après la scission de la Ligue Jurée. Lorsque la révolte de 1911 éclata en Chine, Jiang Jieshi rentra à Shanghai, où il prit part au renversement du gouvernement impérial et à l'établissement de la république de Chine (1912). Il participa aussi au soulèvement qui fit suite (1913) et à la campagne (1915-1916) contre le généralissime Yuan Shikai, au pouvoir de 1912 à 1916. En 1923, alors qu'il cherchait l'aide du gouvernement soviétique, Sun envoya Jiang en URSS pour étudier les systèmes militaires et sociaux soviétiques. En 1924, il devint directeur de l'École militaire de Whampoa, le centre de formation de l'armée du Guomindang.
Des luttes internes affectèrent le Guomindang juste après la mort de Sun Yat-sun en 1925, mais le pouvoir militaire resta entre les mains de Jiang, et, en tant que commandant en chef de l'Armée révolutionnaire nationale, il devint le dirigeant le plus puissant du parti et parvint à évincer les communistes des postes à responsabilités au sein du parti. En 1926, il entreprit l'« expédition vers le nord », projet nationaliste visant à écraser les chefs de guerre des provinces du Nord. En 1927, pendant cette campagne, alors qu'il était sur le point de se marier avec un membre de la famille Soong, une famille de riches banquiers éduqués en Occident, Jiang rompit avec les communistes et ordonna leur élimination (Shanghai). Il développa peu à peu une idéologie confucéenne autoritaire, le Mouvement de la nouvelle vie, une alternative personnelle au communisme.
Après avoir unifié la Chine, en 1927, Jiang lança une nouvelle série de campagnes au début et au milieu des années 1930 contre les communistes de Mao Zedong et de Zhou Enlai, tout en résistant aux Japonais qui avaient envahi la Mandchourie en 1931.
Au début des années 1970, le gouvernement de Jiang connut de sérieux revers lorsque le Japon et les États-Unis du président Richard Nixon commencèrent à normaliser leurs relations avec le gouvernement communiste chinois. Jiang mourut après une longue maladie le 5 avril 1975, après avoir désigné son fils Jiang Jingguo comme successeur.

     
     
     
La République populaire de Chine
(depuis 1949)
     
La République populaire de Chine est proclamée le 1er octobre 1949 à Pékin. Le nouveau régime communiste adopte le modèle de développement soviétique. Afin d’étendre la révolution et de généraliser son pouvoir, le Parti communiste chinois (PCC) entreprend, entre 1949 et 1952, plusieurs grandes campagnes de réformes et de propagande.
     
 
1949 - 1959
 
     

Mao Tsé-Tong

Né en 1893 - mort en 1976

Homme d’État chinois, dirigeant du Parti communiste chinois et principal fondateur de la république populaire de Chine.
En 1920, Mao devint directeur d’école primaire. Après l’échec de sa tentative de mettre sur pied un enseignement de masse, il se tourna vers la politique et contribua à la formation du Parti communiste chinois à Shanghai en 1921. Il participa à l’organisation de grèves ouvrières, fonda le comité régional du Parti dans le Hunan et intégra le Comité central en 1923.
Mao prit la tête du PCC en janvier 1935. Le 1er octobre 1949, Mao proclama à Pékin la République populaire de Chine.
En 1958, il mit en œuvre le Grand Bond en avant, une tentative de remplacement de l’État bureaucratique par un système de communes locales autonomes (référence à la Commune de Paris de 1871).
Mao dut quitter la tête de l’État en 1959. La grande Révolution culturelle prolétarienne marqua son retour au premier plan en 1965. Mais la Révolution culturelle mena le pays au chaos et dans un état de guerre civile larvée. Mao fut contraint d’appeler l’armée à restaurer l’ordre et laissa le Parti communiste se reconstruire.
Surnommé le Grand Timonier de Chine en 1970, il abandonna l’administration courante, confiée à Zhou Enlai à partir de 1972, et ne prit pas part à la lutte entre les radicaux de la Bande des Quatre et les modérés. Atteint de la maladie de Parkinson, il se retira totalement de la vie politique en 1974 et mourut à Pékin le 9 septembre 1976.

     
 
1959 - 1968
 
     

Liu Shaoqi

Né en 1898 - mort en 1969

Homme d'État de la République populaire de Chine qui devint l'une des principales victimes de la Révolution culturelle. Né dans la province de Hunan, il fit ses études dans une école de Changsha, s'intéressa à la politique et en 1920 il se rendit en Union Soviétique. L'année suivante, il rejoignit le Parti communiste chinois. Compagnon de Mao Zedong, il aida à la création de l'Armée rouge et participa à la Longue Marche.Après le triomphe communiste de 1949, il devint le vice-président du parti et, en 1959, il succéda à Mao à la présidence de la République. Sa politique modérée de reconstruction après le désastreux « Grand Bond en avant » l'éloigna de Mao. Accusé de déviationnisme capitaliste pendant la frénésie de la Révolution culturelle, il en devint la cible la plus illustre et fut obligé de se retirer. En août 1967, sa femme et lui furent emprisonnés et malmenés par les Gardes rouges. Exclu du parti, Liu mourut des mauvais traitements qu'il subit dans la prison de Kaifeng. Il fut réhabilité à titre posthume en 1980.

     
 
1968 - 1976
 
     
Mao Tsé-Tong
     
 
1976 - 1983
 
     
Plus de président mais un conseil d'Etat
     

Ye Jianging

Né en 1898 - mort en 1986


C’est à Meixian, un district hakka du Guangdong, que naît Ye Jianying, dans une famille de commerçants ; après une instruction scolaire classique, il s’expatrie en Malaisie où il se prépare à une carrière dans les affaires. En décembre 1915, des généraux du Yunnan dirigent une révolte contre le despotisme de Yuan Shikai et contre ses velléités de restauration monarchique. De nombreux Chinois d’outre-mer soutiennent cette rébellion par leurs contributions financières ; pour élargir ce soutien, Tang Jiyao, le gouverneur rebelle du Yunnan, offre d’accepter à l’académie militaire provinciale de Kunming une sélection de jeunes Chinois d’outre-mer. Ye Jianying abandonne alors les affaires pour devenir l’un des premiers cadets de l’académie militaire dont il sort diplômé en 1920.
Il sert dans l’armée du Guangdong et offre sa fidélité à Sun Yat-sen, alors aux prises avec les « seigneurs de la guerre ». Lorsque l’académie militaire de Whampoa est créée en 1924, Ye Jianying y est nommé instructeur avec un rang égal à celui de Zhou Enlai, puis il fait partie de l’« expédition du Nord » contre les cliques militaristes. À Whampoa, Ye Jianying semble avoir noué des contacts avec les instructeurs communistes, mais on ignore la date de son entrée au Parti communiste chinois (P.C.C.). Quoi qu’il en soit, durant la Commune de Canton en décembre 1927, son régiment est un des fers de lance du parti révolutionnaire.
La répression nationaliste l’oblige à fuir à Hong Kong ; de là, il rejoint à Shanghai l’appareil central du P.C.C. Il est ensuite envoyé à Moscou pour y recevoir une formation stratégique et idéologique ; il y rencontre Liu Bocheng. Enfin, après un séjour en Allemagne en 1931, il rejoint Mao Zedong dans le Jiangxi.
Il y joue un rôle d’organisateur des forces de l’Armée rouge alors placées sous le commandement de Zhu De. À Ruijin, il prend, alternativement avec Liu Bocheng, la responsabilité de deux postes clés : la présidence de l’Académie militaire et la direction de l’état-major. En 1934-1935, à l’occasion de la Longue Marche, il fait preuve de ses capacités militaires comme chef d’état-major du IIIe groupe d’armées.
En 1936, Ye Jianying est avec Zhou Enlai le négociateur en titre des communistes et, à ce titre, chargé d’obtenir la libération conditionnelle du généralissime Tchiang Kai-chek, capturé à Xi’an par Zhang Xueliang. La décision de former un front uni du P.C.C. et du Guomindang, conséquence directe de l’incident de Xi’an, fait encore de Ye Jianying le chef des missions de liaison entre Nankin, siège du gouvernement nationaliste, et les communistes. Enfin, quand l’Armée rouge est intégrée dans l’armée nationale sous l’appellation de VIIIe armée de route, il en devient le commandant avec Zhu De.
Entré au comité central du P.C.C. en 1945, Ye Jianying poursuit son rôle diplomatique et tente, à la suite de la reddition nippone, de réduire les divergences et les heurts entre nationalistes et communistes. À ce titre, il accompagne Mao Zedong, qui rencontre Tchiang Kai-chek à Chongqing, en tant que membre de la conférence consultative aux côtés de Zhou Enlai, Dong Biwu et Wang Ruofei. L’un des aboutissements de ces négociations d’après guerre fut l’installation à Pékin (alors Beiping, la « paix du Nord ») d’états-majors tripartites (communiste, nationaliste et allié), prônée par le général George Catlett Marshall, représentant de la mission des États-Unis ; ces états-majors devaient assurer le contrôle des arrangements du cessez-le-feu conclu en juin 1946. Les erreurs d’évaluation de Washington et les manœuvres de Tchiang Kai-chek rendent bientôt tout accord impossible et Ye Jianying reprend le chemin de Yan’an lorsque la guerre civile reprend.
C’est à partir de ce moment que l’Armée rouge est baptisée Armée de libération populaire (A.L.P.) toujours sous le commandement de Zhu De et de Ye Jianying. L’A.L.P. prend alors l’initiative du combat et Ye Jianying entre à Beiping dont il devient maire. Quand Beiping redevient Beijing (la « capitale du Nord), remplacé à la mairie par Nie Rongzhen, il entre au Conseil du gouvernement central, au Conseil militaire révolutionnaire et à la commission des affaires des Chinois d’outre-mer.
Après l’établissement officiel de la République populaire, Ye Jianying retourne au Guangdong avec plusieurs titres importants ; plus tard, en 1954, il revient occuper dans la capitale un poste au Conseil national de la défense ; il est nommé maréchal en 1955 puis commissaire politique et président de l’Académie militaire scientifique.
Membre du comité central constamment réélu, il conduisit alors diverses missions en Europe, en Corée et en particulier en république démocratique du Vietnam durant les bombardements américains. La guerre du Vietnam lui donna un rôle stratégique accru et son influence grandit. Après la chute de Lin Biao en 1971, il assura les fonctions de ministre de la Défense (1975-1978) et on le considéra comme le successeur du maréchal disparu.
Après trois années passées à la présidence du comité permanent de l’Assemblée nationale, il est remplacé en 1983 par Peng Zhen en raison de son âge. Il exerçait en fait les fonctions de président de la République. Il quitte le bureau politique en 1985.

 
     
 
1983 - 1988
 
     

Li Xiannian

Né en 1905 - mort en 1992

Homme d'État chinois qui fut un révolutionnaire de la première heure et mena une carrière de gestionnaire.

Né dans une famille misérable de la province du Hubei, il entra dans les rangs révolutionnaires dès 1926 puis participa aux principaux épisodes de la lutte pour le pouvoir et notamment à la Longue Marche. Après 1949, il devint commandant militaire et gouverneur de sa région natale. En 1956, il accéda au bureau politique du Parti communiste chinois, dont il fut un membre. Il devint ensuite l'un des plus hauts responsables économiques du régime en tant que ministre des Finances (1957). Il s'opposa à la Bande des Quatre et soutint la politique économique de Deng Xiaoping. Élu vice-président du Parti communiste par le XIe Congrès en 1977, il demeura, lors du XIIe Congrès, l'un des six membres du bureau politique. En juin 1983, il fut élu à la présidence de la République populaire de Chine. En 1988, il quitta ce poste pour occuper la présidence du Parti communiste chinois. Mais il perdit une large partie de son influence après son départ du bureau politique en novembre 1987.

     
 
1988 - 1993
 
     
 
Général Yang Shangkun
     
 
1993 - 2003
 
     

Jiang Zemin

Né en 1926

Né à Yangzhou, dans la province du Jiangsu, Jiang Zemin est le fils adoptif de Jiang Shangquing, un héros de la révolution communiste. Étudiant à l’Université des communications de Shanghai, il adhère au Parti communiste chinois (PCC) en 1946. Diplômé en ingénierie, il commence une longue carrière dans l’industrie, interrompue de 1966 à 1970 en raison de son peu d’adhésion à la Révolution culturelle. Appelé au ministère de l’Industrie en 1971, il sort indemne de la purge menée contre la Bande des Quatre après la mort de Mao Zedong, en 1976. Ses idées réformatrices lui valent la considération de Deng Xiaoping. En 1980, il est à l’origine de la mise en place des zones économiques sociales (ZES), lesquelles, en autorisant les investissements étrangers, ouvrent la Chine au commerce capitaliste.
É lu au Comité central du PCC en 1982, il se voit confier la municipalité de Shanghai de 1985 à 1987. Il entre au Bureau politique du PCC en 1987. En 1989, lors de la manifestation de Tian'anmen, il se range dans le camp des conservateurs et se prononce pour la répression. Cette position lui vaut d’être promu au poste de secrétaire général du PCC, en remplacement de Zhao Ziyang, démis de ses fonctions pour son soutien aux manifestants.
Successeur désigné de Deng Xiaoping, Jiang Zemin accède à la présidence de la République en mars 1993 ; il concentre alors un immense pouvoir entre ses seules mains, puisqu’il conserve la présidence du parti et de la Commission militaire centrale — une hégémonie que vient renforcer la mort de Deng Xiaoping en 1997.
Lors du XVe Congrès du Parti communiste, en septembre 1997, le président Jiang Zemin annonce la privatisation des entreprises d’État et la relance des réformes économiques destinées à adapter l’économie chinoise à une ouverture partielle à l’international. Il fait également de la lutte contre la corruption, tant au sein de l’État et du parti que de l’armée, l’une de ses priorités. Ses efforts pour intégrer la Chine aux relations économiques internationales — notamment une visite historique aux États-Unis en novembre 1997 — aboutissent à l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en décembre 2001.
À l’occasion du XVIe Congrès du Parti communiste, au mois de novembre 2002, Jiang Xemin annonce qu’il quitte à la fois son poste de chef de l’État et celui de chef du parti. Nommé secrétaire général du PCC, Hu Jintao lui succède à la tête de l’État à partir de mars 2003. Jiang Xemin ne disparaît toutefois pas du paysage politique puisqu’il conserve la présidence de la Commission militaire centrale.

     
 
2003
 
     

Hu Jintao

Homme politique chinois, secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC) depuis 2002 et président de la République populaire de Chine depuis 2003.

Né en 1942 dans une famille commerçante de la région de Shanghai, Hu Jintao est un élève brillant et studieux. Il adhère dès l’âge de 13 ans à la Ligue de la jeunesse communiste. En 1959, il entre à l’université polytechnique de Qinghua à Pékin, la plus réputée, où il étudie l’hydroélectricité. Il obtient son diplôme d’ingénieur en 1965. La même année, il adhère au Parti communiste chinois (PCC) et devient instructeur politique.
A u moment de la Révolution culturelle, Hu Jintao penche du côté des modérés mais, sans attendre d’y être contraint, il se porte volontaire pour partir dans les provinces rurales. En 1968, affecté dans la province de Gansu, une des plus pauvres de Chine, il travaille à la construction d’un barrage. Tandis qu’il gravit au niveau local les échelons du comité de construction et du PCC, il est repéré par le responsable politique provincial qui l’envoie à Pékin, en 1981, à l’École centrale du parti. Là, Hu Jintao rencontre celui qui sera son futur protecteur, Hu Yaobang, secrétaire général du PCC.
En 1982, Hu Jintao devient membre suppléant du Comité central du PCC et secrétaire de la Ligue de la jeunesse communiste de Gansu. En 1985, il accède, à seulement 42 ans, au poste de secrétaire du parti de la province du Guizhou, une région de hauts plateaux du sud de la Chine. Remarqué pour son habilité politique, il est envoyé en 1988 comme secrétaire du PCC au Tibet, où se déroulent depuis plusieurs mois des manifestations contre la présence chinoise. Il y impose la loi martiale en mars 1989. Ayant fait ses preuves à Guizhou et au Tibet, Hu Jintao est repéré par Deng Xiaoping ; il peut dès lors continuer de gravir tous les échelons de l’appareil communiste.
En 1992, lors du XIVe Congrès du PCC, Hu Jintao est choisi pour siéger au Comité permanent du Bureau politique du PCC et au secrétariat du Comité central : à tout juste 49 ans, il devient le plus jeune membre de la direction du parti. Il devient en outre, en 1993, président de l’École centrale du parti. Dès cette époque, Deng Xiaoping aurait désigné Hu Jintao comme le futur dirigeant de la Chine.
En 1998, Hu Jintao est nommé vice-président de la République, tandis que Jiang Zemin est reconduit pour cinq ans à la présidence de la République. L’année suivante, Hu Jintao devient également le vice-président de la Commission militaire centrale (CMC). Ces nominations successives, couronnant les qualités de prudence et de loyauté de Hu Jintao, achèvent de tracer de facto son chemin vers le sommet du parti et de l’État.
Le 15 novembre 2002, lors du XVIe Congrès du PCC, Hu Jintao succède à Jiang Zemin et devient ainsi, à l’âge de 59 ans, le plus jeune secrétaire général du Comité central du PCC. Le 15 mars 2003, l’Assemblée nationale du peuple le choisit comme nouveau président de la République. Jusque-là inconnu des Chinois, Hu Jintao remplace à cette fonction Jiang Zemin, qui, à 76 ans, reste toutefois l’homme fort du régime, en tant que président de la Commission militaire centrale et en raison notamment du soutien important dont il bénéficie au sein du Comité central.
L’intronisation de Hu Jintao marque la transition entre deux générations politiques : la « troisième », incarnée par Jiang Zemin, et la « quatrième », constituée des leaders chinois qui n’ont commencé leur carrière politique qu’après la fondation de la République populaire de Chine en 1949. Cette transition n’apparaît cependant pas comme un élément suffisant pour entraîner l’évolution du régime. En outre, à un moment où les entrepreneurs privés font leur entrée au PCC, le nouveau numéro un chinois est d’abord un connaisseur de la Chine pauvre et rurale de l’intérieur et non pas de la Chine de Shanghai, celle qui incarne la montée en puissance du pays sur la scène économique mondiale.

     
     
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Quid
 
     
     
La Chine