L’époque préhellénique

Les traces les plus anciennes d’occupation humaine en Grèce remontent au paléolithique. D’autres vestiges indiquent qu’au néolithique, vers 4000 av. J.-C., les populations se sédentarisent, développent l’agriculture, augmentent en nombre et occupent un espace plus étendu ; différents vestiges (notamment de l’obsidienne provenant de l’île de Milo) attestent de l’existence de relations maritimes dans les Cyclades.

À l’âge du bronze, vers 2000 av. J.-C., plusieurs civilisations s’épanouissent simultanément dans le monde égéen. En Crète, la civilisation minoenne, dont on ne sait que peu de choses, se développe dans le cadre de palais (comme à Cnossos, Phaïstos, Mallia, Zakros). Florissante, cette civilisation — qui met au point trois systèmes d’écriture — dispose d’artisans qualifiés et se diffuse dans l’ensemble du bassin méditerranéen, jusqu’en Égypte et en Syrie. Dans les Cyclades, la civilisation dite cycladique s’épanouit sous l’impulsion de populations allogènes (les Minoens) qui introduisent l’usage du métal et contribuent à la mise en place d’une société hiérarchisée couronnée par une caste aristocratique. Dans le Péloponnèse, la civilisation helladique (2500-1100 av. J.-C.) coïncide avec une période d’essor démographique et se caractérise surtout par l’apparition de nouveaux rites funéraires, vraisemblablement sous l’influence d’un peuple récemment implanté, les Hellènes.

À la fin du IIIe millénaire av. J.-C. commence une période de lentes migrations de peuples venus des régions danubiennes et parlant une langue indo-européenne. Ils pratiquent l’agriculture et l’élevage, utilisent le cheval et introduisent l’emploi d’outils et d’armes en cuivre ou en bronze, ainsi qu’une céramique particulière qui porte le nom de « minyenne ». Entre 2000 et 1600 av J.-C., trois groupes se succèdent : les Ioniens, qui occupent l’Attique et les Cyclades ; les Éoliens, qui s’établissent en Thessalie ; les Achéens (le groupe le plus important), qui s’installent dans le Péloponnèse.

La civilisation mycénienne

Dans la dernière phase de l’âge du bronze (v. 1600-1200 av. J.-C.), les Achéens donnent naissance à la civilisation mycénienne, qui doit son nom à la cité-royaume de Mycènes, où de nombreux vestiges archéologiques sont découverts, notamment par l’Allemand Heinrich Schliemann au XIXe siècle. Les Mycéniens, qui occupent le Péloponnèse, la Béotie, l’Attique, ainsi que la Crète, après le mystérieux effondrement de la civilisation minoenne, sont à l’origine de la fondation de différents royaumes, également organisés dans le cadre de palais ou de forteresses, gouvernés par un roi, comme à Tirynthe ou à Pylos. Hiérarchisée, leur société reconnaît l’existence juridique de communautés villageoises ; les terres sont d’ailleurs réparties selon plusieurs statuts. Un puissant clergé est au service d’une religion élaborée et jouant un rôle important ; la croyance en de nombreuses divinités — comme Zeus, Héra, Poséidon, Artémis ou Hermès — est attestée. Les tombes mises au jour, recelant souvent de véritables trésors, témoignent de la vitalité et de la richesse de cette civilisation.

Peuple de commerçants, mais aussi de pirates et de guerriers, les Mycéniens sont peut-être à l’origine de la destruction de Troie, décrite par Homère dans l’Iliade.

Une vague de mouvements migratoires

La destruction extrêmement brutale des villes et des palais mycéniens et la disparition, à la fin du XIIe siècle av. J.-C., de la civilisation mycénienne ont longtemps été expliquées uniquement par l’arrivée d’une dernière vague indo-européenne : celle des Doriens. En fait, d’autres événements ont pu intervenir, comme des bouleversements sociaux qui auraient affaibli les classes dirigeantes ou des changements climatiques qui auraient désorganisé l’agriculture — ces différents facteurs ne s’excluent d’ailleurs pas les uns les autres.

Entre la période d’effondrement de cette civilisation et l’émergence des cités, nouvelle forme d’organisation politique, s’écoulent quatre siècles, dont on sait fort peu de choses.

Au XIe siècle av. J.-C., plusieurs innovations comme la fabrication de céramiques à décors géométriques, l’utilisation du fer en remplacement du bronze ou encore la pratique de l’incinération, plutôt que celle de l’inhumation, apparaissent. Ces innovations ont longtemps été attribuées aux Doriens puisqu’elles sont concomitantes à leur arrivée ; il n’y a cependant aucune preuve que les événements soient liés. Cette époque est également marquée par d’importants mouvements migratoires ; ainsi, des Grecs, vraisemblablement poussés par les invasions, émigrent pour s’établir dans les îles de la mer Égée et le long des côtes asiatiques. La Béotie, la Thessalie, l’Asie Mineure et l’île de Lesbos sont occupées par les Éoliens ; les Doriens sont concentrés dans l’isthme de Corinthe, dans le Péloponnèse, en Crète et à Rhodes ; enfin, les Ioniens sont installés en Attique, en Eubée et dans les Cyclades.

Au cours des IXe et VIIIe siècles av. J.-C. — période qui nous est surtout connue par les récits d’Homère et d’Hésiode — se mettent en place certains des traits qui vont distinguer l’époque archaïque à venir : ainsi, parallèlement à la redécouverte de l’écriture et à la renaissance d’une vie religieuse, émergent des structures sociales (très petites unités territoriales dirigées par un basileus, un roi, c’est-à-dire celui qui possède le plus riche domaine, avec des classes sociales allant des nobles, principaux compagnons du roi, aux esclaves, exclus de toute vie politique et de l’armée) et un système de valeurs (fondé sur l’hospitalité et le courage), caractéristiques d’une culture grecque commune.

Durant la seconde moitié du VIIIe siècle, la Messénie, située dans le sud-ouest du Péloponnèse, est envahie par les Spartiates, qui progressivement s’installent dans toute la région.

La période archaïque

La naissance de la cité

Les vagues de colonisation repoussent les limites du monde grec en Espagne, en Italie du Sud (voir Grande Grèce), en Thrace, en Chalcidique, sur la côte africaine, en Égypte, en Asie Mineure et au Pont-Euxin (mer Noire).

Parallèlement, des changements politiques interviennent. La date d’apparition des premières cités varie selon les historiens, mais il est certain que celles-ci existaient au VIIIe siècle av. J.-C. Le terme de « cité » (polis) désigne une communauté indépendante, dotée de ses propres institutions. Elle vit sur un territoire groupant un espace rural, avec des villages, et un espace plus ou moins urbanisé. Toutes les régions de Grèce ne connaissent pas cette forme d’organisation, et c’est sur la côte ionienne qu’elle semble être apparue en premier. L’organisation sociale de la cité repose essentiellement sur des citoyens-soldats.

L’évolution politique et sociale des cités grecques pendant la période archaïque est mal connue. Les monarchies sont progressivement remplacées, entre le XIe et le VIIe siècle av. J.-C., par des oligarchies. Le pouvoir passe donc aux mains des chefs des grandes familles nobles qui détiennent la terre et, par conséquent, la richesse et les armes. Ils choisissent parmi eux des magistrats temporaires, appelés archontes à Athènes ou éphores à Sparte.

Aux VIIe et VIe siècles av. J.-C., l’aristocratie doit affronter de graves troubles liés à des problèmes économiques et sociaux (augmentation du nombre de paysans sans terre, mécontentement d’une classe marchande née avec la colonisation qui réclame des droits politiques). Certaines cités, comme Athènes avec Solon et Dracon, font alors appel à des législateurs, d’autres ont recours à des aristocrates locaux, souvent chefs de guerre, appelés tyrans.

La tyrannie

Bien qu’issus de l’aristocratie, les tyrans gouvernent sans les nobles, et parfois même contre eux. Certains se révèlent des dirigeants avisés et accroissent la puissance de leur cité, à l’instar de Polycrate (qui règne approximativement en 535-522 av. J.-C.), à Samos. Mais les régimes tyranniques ne peuvent résister à la volonté des citoyens d’obtenir de véritables responsabilités politiques.

La période de la tyrannie (v. 650-500 av. J.-C.) correspond à une ère d’essor culturel et économique. Les échanges commerciaux, en particulier par la voie maritime, se multiplient, et l’usage de la monnaie devient essentiel. Le développement d’activités culturelles communes à toutes les cités grecques est l’un des grands facteurs d’union dans la Grèce antique, malgré l’émiettement politique, parallèlement à la langue et à la religion. Dans ce dernier domaine, des pratiques, comme les concours (ou jeux) panhelléniques organisés à Olympie (jeux Olympiques), Delphes (jeux Pythiques), Némée (jeux Néméens) et sur l’isthme de Corinthe (jeux Isthmiques), contribuent à la prise de conscience par les Grecs de leur appartenance à une même civilisation. antiques.

L'émergence d'Athènes

Devenue avec Sparte, entre le VIIIe et le VIe siècle av. J.-C., l’une des cités dominantes de la Grèce, Athènes connaît une évolution politique originale. La monarchie héréditaire y est abolie en 683 av. J.-C. par les nobles, ou eupatrides, issus de la puissante oligarchie terrienne, qui conservent le pouvoir jusqu’au milieu du VIe siècle av. J.-C. Les eupatrides sont les seuls à prononcer le droit et à régler les conflits juridiques, à pouvoir devenir archontes (magistrats nommés par le conseil de l’Aréopage), d’abord au nombre de 6, puis de 9 à partir de 683 av. J.-C., et à détenir les prêtrises. Le peuple est doté d’une Assemblée, l’ecclésia, au rôle très limité puisqu’elle ne peut qu’entériner les décisions des archontes. Vers 621 av. J.-C., après l’échec de la tentative de tyrannie populaire de Cylon (632 av. J.-C.), le législateur Dracon codifie et publie les lois d’Athènes, restées célèbres pour leur grande sévérité (« lois draconiennes »), qui, si elles limitent le pouvoir judiciaire des nobles, ne peuvent résoudre la crise économique et sociale qui agite la cité.

Le second coup majeur porté à la puissance des eupatrides sont les réformes de Solon, qui devient archonte en 594 av. J.-C. L’œuvre constitutionnelle qui lui est attribuée permet de remplacer le privilège de la naissance par celui de la fortune, pour l’accès aux magistratures et aux charges publiques ; la société est alors divisée en quatre classes censitaires, selon le revenu. Le droit de vote et l’égalité de toutes les classes censitaires dans l’ecclésia sont reconnus. La responsabilité politique du citoyen, quel que soit son statut, est affirmée. La création de la boulê, ou Conseil des Quatre-Cents, chargé de préparer le travail de l’Assemblée du peuple, et l’institution d’un tribunal populaire, l’Héliée, introduisent les ferments de la démocratie dans la vie de la cité. Dans le même temps Solon abolit les dettes des paysans, résorbant ainsi en partie la crise agraire.

En 560 av. J.-C., le tyran Pisistrate, soutenu par l’aristocratie, s’empare du pouvoir. Son gouvernement et celui de ses fils, Hipparque et Hippias, coïncident avec une période de grande prospérité pour la cité, qui s’embellit considérablement. Pourtant, l’ère des Pisistratides, considérés comme des despotes, s’achève dans la violence : Hipparque est assassiné et Hippias chassé par une insurrection populaire. Le gouvernement d’Athènes revient alors entre les mains de la noblesse. Mais en 508-509 av. J.-C., Clisthène, membre d’une famille aristocratique, fait adopter une série de mesures fondées sur des principes démocratiques, qui donnent un cadre aux institutions athéniennes des Ve et IVe siècles av. J.-C. et font de lui le véritable « père » de la démocratie. Les quatre tribus initiales sont élargies à dix, constituées sur la base d’une division géographique de l’Attique, ce qui introduit une plus grande égalité entre les citoyens puisque c’est désormais leur lieu de résidence et non plus leur fortune qui leur donne accès à la vie publique, chaque tribu envoyant 50 représentants à la boulê, devenue Conseil des Cinq-Cents. Des garde-fous sont mis en place pour éviter tout retour à la tyrannie, notamment l’ostracisme — mesure juridique prise par un vote à la majorité simple, qui permet d’exiler pour dix ans un citoyen jugé dangereux pour la cité. Un grand épanouissement économique et culturel accompagne cette évolution politique.

La période classique

Les guerres médiques

À partir du milieu du VIe siècle av. J.-C., l’émergence de l’Empire perse achéménide de Cyrus le Grand constitue une sérieuse menace à l’expansion et à la prospérité du monde hellénique. Après avoir détruit le royaume lydien de Crésus, les Perses s’attaquent aux cités ioniennes et, dès 546, ils soumettent toute la Grèce d’Asie et les îles côtières, à l’exception de l’île de Samos.

Les guerres médiques, qui se déroulent au Ve siècle av. J.-C., réunissent les cités grecques contre l’ennemi commun que constitue l’Empire perse. En 499 av. J.-C., l’Ionie, conduite par Aristagoras et aidée par Athènes et l’Érétrie, se révolte contre la Perse. Vainqueurs dans un premier temps, les rebelles sont matés par Darios Ier le Grand en 494 av. J.-C., qui, après avoir saccagé Milet, rétablit son contrôle absolu sur la région. En 490 av. J.-C., il envoie une importante expédition dans le but de punir les Athéniens pour leur participation au soulèvement, mais ses armées sont écrasées la même année à Marathon.

Athènes, sous la conduite du stratège Thémistocle, décide alors de consolider sa flotte de guerre et de développer le port du Pirée. Mais la menace perse subsiste, et les attaques reprennent, menées par le fils de Darios le Grand, Xerxès Ier. Après une première rencontre dans le défilé des Thermopyles, défendu par le Spartiate Léonidas Ier, une bataille navale se déroule à Salamine, en 480. Elle est remportée par Thémistocle et Eurybiade. La défaite totale des Perses a lieu à Platées, en 479 av. J.-C.

Malgré une nouvelle tentative perse, en 469-468 av. J.-C., sur l’Eurymédon, contrée par l’Athénien Cimon, la paix est signée par Callias et le roi de Perse Artaxerxès Ier, en 449. Les guerres médiques ont été relatées dans la tragédie d’Eschyle, les Perses.

L'apogée d'Athènes

Vainqueur incontesté des Perses, la cité-État d’Athènes retire un immense prestige des guerres médiques et devient la cité la plus importante du monde égéen. En outre, le conflit a prouvé l’importance croissante de la puissance navale, après la décisive bataille de Salamine. L’armée de Sparte, jusqu’ici la plus grande puissance militaire de Grèce et l’alliée d’Athènes, perd sa suprématie au profit de la flotte athénienne.

En 478 av. J.-C., un grand nombre de cités s’unissent au sein de la ligue de Délos, alliance militaire destinée à chasser les Perses d’Asie Mineure. Reposant au départ sur le volontariat, l’appartenance à la ligue — dominée par Athènes — devient rapidement une obligation pour les cités. Les Athéniens exigent des tributs de la part des autres cités, transportent le trésor de Délos à Athènes et répriment toute tentative d’émancipation : ainsi Naxos, qui essaie de se retirer de la confédération, voit-elle ses fortifications rasées. Progressivement, la ligue de Délos passe au service de ce qui va devenir l’« impérialisme athénien ».

Une période de domination politique, culturelle et artistique s’ouvre pour Athènes, qui atteint son apogée sous Périclès (voir siècle de Périclès). Il renforce les institutions démocratiques de la cité, qui est, grâce au trésor de la ligue, embellie et dotée de nouveaux monuments : la plupart des édifices de l’Acropole datent de cette époque. Athènes rayonne dans tout le monde antique, tant sur le plan culturel et artistique — avec des auteurs comme Eschyle, Sophocle, Euripide, des philosophes comme Socrate et Platon, des historiens tels que Thucydide et Hérodote, des sculpteurs comme Phidias — qu’économique, Le Pirée étant devenu la plaque tournante du commerce méditerranéen.

La guerre du Péloponnèse et la domination spartiate

La politique extérieure d’Athènes cause sa perte. D’une confédération d’alliés, la ligue de Délos se transforme en un empire inégalitaire où les cités qui se révoltent sont impitoyablement châtiées. Naxos (470 av. J.-C.), Thasos (465 av. J.-C.), la Béotie (447 av. J.-C.), Mégare (446 av. J.-C.), l’Eubée (445 av. J.-C.), Samos (439 av. J.-C.) se soulèvent et Sparte, jalouse de la prospérité d’Athènes et désireuse de recouvrer son prestige, en profite. À la tête d’une confédération formée par des cités du Péloponnèse, aux alentours de 550 av. J.-C., elle a les moyens de s’opposer à Athènes. Cependant, une trêve de trente ans est signée dans un premier temps, en 446 av. J.-C.

C’est en 431 av. J.-C. que l’affrontement entre Athènes et Sparte débute. Le prétexte est l’aide qu’Athènes apporte à Corcyre (Corfou) au cours d’un conflit entre Corcyre et Corinthe, alliée de Sparte. Connue sous le nom de guerre du Péloponnèse, la lutte entre les deux grandes confédérations dure jusqu’en 404 av. J.-C. et aboutit à la suprématie de Sparte en Grèce. De nombreux combats opposent les forces athéniennes aux troupes spartiates : le siège d’Amphipolis, l’expédition de Sicile — qui se solde par la retraite athénienne devant Syracuse (413 av. J.-C.) — et la bataille d’Aigos Potamos en 405. La capitulation d’Athènes et la reddition de sa flotte ont lieu en 404, marquant la défaite finale des Athéniens.

À la fin de la guerre, Sparte favorise le parti aristocratique athénien qui instaure un régime oligarchique à Athènes, le gouvernement des Trente Tyrans. La domination spartiate sur le monde grec se révèle bientôt plus sévère et oppressive que celle d’Athènes. En 403 av. J.-C., les Athéniens se révoltent sous l’égide de Thrasybule, chassent la garnison spartiate qui a soutenu l’oligarchie, et restaurent la démocratie et leur indépendance. D’autres cités grecques se rebellent régulièrement contre l’hégémonie de Sparte.

Un ordre bouleversé

En 400 av. J.-C., Sparte envoie en Asie Mineure une armée commandée par Agésilas II, contre les Perses. Bien que cette armée remporte quelques victoires, elle est obligée de revenir en 395 av. J.-C. pour faire face à une coalition regroupant Argos, Athènes, Corinthe et Thèbes. La guerre de Corinthe, qui s’ouvre alors, est marquée par la victoire de la coalition à Cnide, en 394 av. J.-C., puis se poursuit jusqu’en 386 av. J.-C., date à laquelle Sparte impose la paix d’Antalcidas aux cités, avec l’appui de la Perse, qu’elle a renoncé à combattre.

Mais Thèbes, soutenue par Athènes, se révolte en 378 av. J.-C. et chasse les Spartiates. Une guerre entre Sparte et Athènes, alliée à Thèbes, éclate et s’achève avec la bataille de Leuctres, en 371 av. J.-C., où les Thébains d’Épaminondas écrasent leurs ennemis, marquant la fin de la domination spartiate et le déclin de leur puissance militaire.

Thèbes devient alors la cité dominante de la Grèce, mais les autres régions n’acceptent pas cette situation. Une nouvelle période de troubles alimentés par les guerres incessantes entre les cités débute ; au cours de cette période, Athènes retrouve finalement sa souveraineté (360 av. J.-C.). Cependant, ces conflits affaiblissent considérablement les cités grecques et ouvrent la voie à la domination macédonienne.

La période hellénistique

L'émergence de la Macédoine

Située au nord de la Thessalie, la Macédoine, région prospère et dirigée par une monarchie féodale centralisée, est gouvernée par Philippe II depuis 359 av. J.-C. À la faveur des conflits entre les cités, le souverain macédonien, qui a doté son royaume d’une puissante armature militaire (système des phalanges), réussit progressivement à imposer son pouvoir. Bientôt maître de la Grèce centrale et de la Thrace, il a pour objectif d’étendre sa domination sur toute la péninsule. Face à lui, Athènes, sous la conduite de Démosthène, forme en 341 av. J.-C. une vaine alliance avec, entre autres, l’Eubée, Thèbes, Corinthe et Mégare. En 338 av. J.-C., les coalisés défaits à Chéronée doivent reconnaître la suprématie de la Macédoine dans la péninsule et sont contraints de s’unir sous son égide ; Philippe de Macédoine prend alors le titre d’hégémon.

La ligue de Corinthe, qui rassemble les cités grecques à partir de 337 av. J.-C., a notamment pour but de préparer la campagne militaire des Macédoniens en Asie. Après l’assassinat de Philippe II à la veille de l’expédition (336 av. J.-C.), son fils Alexandre, alors âgé de vingt ans, lui succède.

Les destinées de l'empire macédonien

Bien que le pacte de Corinthe ait été reconduit, certaines cités tentent de se rebeller contre l’autorité macédonienne, ainsi en 323-322 av. J.-C., lors de la guerre lamiaque. Alexandre le Grand mène une répression impitoyable, détruisant entièrement Thèbes. Le souverain macédonien confie le gouvernement d’Athènes au général Antipatros, qui réforme la Constitution et met un terme à la démocratie. Celle-ci est cependant restaurée en 307 avec Démétrios

À partir de 334 av. J.-C., Alexandre le Grand décide de poursuivre la politique d’expansion initiée par son père Philippe de Macédoine. Il se lance à la conquête de la Perse et constitue un immense empire en une dizaine d’années, de l’Adriatique à l’Indus. De nouveaux centres culturels apparaissent à Alexandrie et à Pergame ; dans le domaine religieux, le mélange de la religion grecque et des cultes orientaux aboutit à un syncrétisme.

À sa mort, en 323 av. J.-C., l’empire d’Alexandre le Grand est divisé entre ses généraux, les diadoques, qui vont tous donner naissance à des dynasties : les Séleucides en Asie, les Antigonides en Macédoine et les Lagides en Égypte. Les cités grecques tentent de profiter des divisions entre les rois macédoniens pour recouvrer leur indépendance. Ainsi, elles rejoignent des confédérations comme la Ligue étolienne (Grèce centrale, Élide, Arcadie) ou la Ligue achéenne (groupement organisé autour de Corinthe) ; mais divisées entre elles, les ligues ne peuvent chasser les Macédoniens, qui restent en Grèce jusqu’à la conquête romaine. Voir aussi période hellénistique.

La domination romaine

La conquête romaine

En 215 av. J.-C., Rome commence à pénétrer dans les Balkans et à s’immiscer dans les affaires grecques (voir République romaine). Philippe V de Macédoine s’allie à Carthage contre Rome, mais les Romains, soutenus par la Ligue étolienne, vainquent les forces armées macédoniennes en 205 av. J.-C. et s’établissent solidement en Grèce. Rome, aidée par les deux ligues, triomphe à nouveau de Philippe à Cynocéphales en 197 av. J.-C. Puis le successeur de Philippe V, Persée de Macédoine, affronte à nouveau les troupes romaines, qui remportent la victoire à Pydna, en 168 av. J.-C. La Macédoine, entièrement assujettie, doit conclure la paix. Elle devient une province romaine en 146 av. J.-C.

Les Romains reconnaissent l’autonomie des cités grecques à l’occasion des jeux Isthmiques, organisés en 196 av. J.-C., mais le protectorat qu’ils instaurent sur toute la Grèce rend théorique la souveraineté retrouvée et interdit toute forme d’alliance au sein de confédérations ou de ligues. La domination romaine se traduit par une occupation militaire et le versement de tributs. En 149 av. J.-C., les Achéens se mobilisent une nouvelle fois pour résister à Rome, en vain : Corinthe est entièrement détruite par les légions romaines en 146 av. J.-C. ; les ligues sont dissoutes et la Grèce est intégrée à la province romaine de Macédoine.

L’expansion romaine se poursuit. En 129 av. J.-C., le royaume de Pergame est annexé au domaine romain et devient la province d’Asie. Puis Pompée conquiert l’Empire séleucide, érigé en province de Syrie en 64 av. J.-C. Enfin, l’Égypte lagide (ou ptolémaïque) passe à son tour sous contrôle romain en 30 av. J.-C.

Le monde hellénistique est bientôt entièrement soumis par Rome. En 88 av. J.-C., Mithridate VI Eupator, roi du Pont, entame une campagne militaire visant à libérer l’Asie Mineure et la Grèce de la domination romaine. Il est soutenu par de nombreuses cités grecques qui espèrent ainsi reconquérir leur indépendance. Mais dès 86 av. J.-C., les légions romaines commandées par Sylla le chassent hors de Grèce et répriment la rébellion. À l’issue du conflit, la Grèce centrale est complètement ruinée.

Malgré ces tentatives de révolte, les attaques répétées des pirates (entre 78 et 66 av. J.-C.) et les guerres civiles romaines (bataille de Pharsale en 48 av. J.-C.), les IIe et Ier siècles av. J.-C. se caractérisent par une certaine expansion économique, grâce en particulier au développement du commerce maritime, comme à Rhodes. Dans les cités grecques, l’occupation romaine a pour conséquence la fin de la démocratie et la venue au pouvoir des oligarchies ; ainsi, à Athènes, à partir de 102-101 av. J.-C.

Réorganisée par l’empereur Auguste en 22 av. J.-C., la Grèce est en grande partie intégrée dans la province d’Achaïe, administrée par le proconsul de Corinthe, séparée de la Macédoine (à laquelle est rattachée la Thessalie), tandis que l’Épire est confiée à un procurateur. Les bienfaits de la pax romana se font sentir en Grèce, véritable modèle intellectuel et artistique pour les Romains : des empereurs comme Hadrien (117-138) ou Marc Aurèle (161-180) sont particulièrement influencés par la culture grecque et attachés à faire prospérer Athènes mais leurs efforts sont insuffisants (voir empire romain). La vieille cité qui subit, depuis la fin du IIe siècle, la concurrence des villes d’Asie Mineure est ravagée par les Goths en 267 apr. J.-C. ; puis la progression du christianisme constitue une menace directe pour la prépondérance de l’hellénisme : l’interdiction du paganisme en 381 et la tenue des derniers jeux Olympiques en 395 marquent la fin du monde antique. Après le partage de l’Empire romain (395), la Grèce est intégrée à l’Empire romain d’Orient qui devient, après la chute de Rome en 476, l’Empire byzantin.

La Grèce byzantine

Après le partage de l’Empire romain (395 apr. J.-C.), la Grèce est intégrée à l’Empire romain d’Orient. L’histoire du pays et de la zone égéenne doit alors se confondre avec celle de l’Empire byzantin, marqué par un mélange de culture hellénique, d’influences orientales et de christianisme. Malgré le poids de Byzance, les Grecs restent prépondérants dans l’administration, et la langue grecque demeure la langue de culture. Avec Héraclius Ier, l’influence hellénique se manifeste par le titre de basileus autocrator adopté par l’empereur.

Attachée à la tradition païenne jusqu’à la fermeture des écoles philosophiques d’Athènes par Justinien Ier en 529, la Grèce se trouve mêlée aux querelles théologiques qui déchirent l’Empire, comme le monophysisme (Ve-VIe siècles) ou l’iconoclasme (VIIIe-IXe siècles), hérésie qui doit laisser à la religion orthodoxe, adoptée après le schisme de 1054, la ferveur des icônes.

Le territoire grec n’est pas à l’abri des incursions étrangères, qui contribuent à son appauvrissement et à son repli : du VIe au VIIIe siècle, les Wisigoths, les Ostrogoths, les Huns, puis les Slaves et les Avars entrent massivement dans la péninsule, occupant l’Illyrie, la Macédoine et la Thrace ; les Arabes prennent Chypre (649), Rhodes (654), la Crète (826), puis Thessalonique (904) ; les Bulgares, battus par Basile II en 996, s’avancent jusqu’en Thessalie ; les Normands, arrivés en Épire à la fin du XIe siècle, ravagent l’Attique et l’Eubée.

Les croisades

Alors que les croisades sont destinées, à l’origine, à venir en aide aux Byzantins dans leur lutte contre les Infidèles en Terre sainte, la quatrième croisade, en 1204, est détournée vers Constantinople. La ville est saccagée et l’Empire byzantin s’effondre sous le coup des attaques franques : un Empire latin de Constantinople, confié à Baudouin de Flandre, est instauré ; la péninsule hellénique, divisée en territoires, dont les plus importants sont le duché d’Athènes et le royaume de Thessalonique ; l’Empire byzantin, réduit au despotat d’Épire et aux petits empires de Trébizonde (voir Trabzon) et de Nicée. En récompense de sa participation à la quatrième croisade, la république de Venise, toujours soucieuse d’obtenir des bases commerciales, se voit attribuer une partie de la Thrace, le Péloponnèse, les îles Ioniennes et égéennes et la Crète.

La Grèce ottomane

L'émergence des Ottomans

Les Byzantins tentent à plusieurs reprises de reconquérir leurs territoires : Michel VIII Paléologue réinvestit Constantinople en 1261, puis l’Empire se rétablit dans le Péloponnèse et institue le despotat de Morée, à Mistra en 1348. Cependant, les Turcs, déjà présents en Asie Mineure depuis le XIe siècle, s’emparent de Constantinople en 1453. Le sultan Mehmet II lance ensuite ses armées en direction du Péloponnèse et de l’Attique : dès 1460, l’ensemble de la Grèce, à l’exception des îles Ioniennes — possessions vénitiennes — et de quelques poches de résistance comme Rhodes (1522), Chypre (1571) ou la Crète (1699), est sous le contrôle de l’Empire ottoman. Cette expansion favorise l’idée de reconstitution d’une « nation » orthodoxe, que l’Église appelle de ses vœux.

Pendant une courte période (1699-1718), Venise reprend le contrôle du Péloponnèse, mais la Grèce va rester sous la domination des Ottomans jusqu’au XIXe siècle.

Une province favorisée

Comme dans l’ensemble des Balkans, les Turcs sont plutôt bien accueillis en Grèce. Les paysans, opprimés par les propriétaires fonciers, ainsi que l’Église orthodoxe, maintenue dans ses privilèges, se rallient sans difficulté à l’Empire ottoman. De surcroît, les sultans accordent une place privilégiée aux Grecs parmi les peuples de l’Empire, respectant à la fois l’héritage hellénique et la religion orthodoxe. Le nombre important de conversions à l’islam n’est pas le fruit d’une politique autoritaire, mais plutôt le résultat d’une tolérance religieuse et du mélange des influences.

En outre, en frappant de lourdes taxes le commerce latin, les Turcs s’allient la bourgeoisie marchande grecque, qui, au XVIIIe siècle, contrôle 75 % du commerce du Levant. Dès le XVIIe siècle, une aristocratie nouvelle est formée, au moins à Istanbul (ancienne cité de Constantinople) : les Phanariotes, issus des rescapés de l’ancienne nobilitas byzantine et proches de l’Église orthodoxe, ainsi qu’une nouvelle bourgeoisie d’affaires, qui se rassemble autour du poète Konstantinos Rhigas (dit Vélestinlis), à l’origine de la fondation de la société patriotique de l’Hétairie. Le système, relativement équilibré, fonctionne pendant deux siècles en dépit des soulèvements qui se produisent périodiquement.

Il est pourtant remis en cause, au XVIIIe siècle, par le recul de l’Empire ottoman dans les Balkans, l’émergence d’un rival ambitieux, la Russie orthodoxe, et l’apparition d’une noblesse ottomane musulmane, foncière et militaire, qui conteste le pouvoir central, brisant l’équilibre acquis. Sipahis et janissaires déclassés, notables provinciaux, grands propriétaires fonciers accentuent leur emprise sur la terre et sur les hommes, menaçant tous ceux, Grecs et Arméniens, qui ont profité du centralisme ottoman.

L'émergence du nationalisme

Parallèle aux débuts de la décadence ottomane, la montée du sentiment national grec est fortement encouragée par la Russie, attachée à défendre le sort des frères orthodoxes mais surtout à contrer les Turcs dans les Balkans et à s’ouvrir la route des Détroits. En 1770, pour le compte de Catherine II, le comte Orlov fait débarquer une flotte russe dans le Péloponnèse et soutient une révolte contre les Turcs qui s’avère infructueuse. Une seconde insurrection éclate en 1786 : provoquée par les Souliotes d’Épire et d’Albanie du Sud et à nouveau soutenue par la Russie.

Plus tard, la Révolution française marque fortement les patriotes grecs. La Société amicale, puissante société secrète fondée en 1814, réunit des fonds et des armes en vue d’une révolution à venir. En 1821, Alexandre Ypsilanti, ancien aide de camp du tsar Alexandre Ier et chef de la Filiki Etéria, ou Hétairie amicale, véritable organisation politique, entre dans Jassy (l’actuelle Iasi), la capitale de la Moldavie (alors territoire turc), avec une petite force armée et proclame l’indépendance de la Grèce. La révolte se solde par un désastre quelques mois plus tard, car le tsar refuse d’aider le mouvement révolutionnaire, qui, par son aspect purement hellénique, ne réussit pas à mobiliser les populations non grecques. Ypsilanti tente de fomenter une autre rébellion en Roumanie, en soutenant les chrétiens orthodoxes contre les Turcs, mais là encore, sa tentative échoue. Puis le 25 mars 1821, un soulèvement général a lieu dans le Péloponnèse, sous l’égide du métropolite de Patras, Germanos :  l’indépendance grecque est en marche.

La guerre d'indépendance

La première phase

La cause grecque enthousiasme les Occidentaux, qui se mobilisent au sein de comités philhellènes pour récolter des fonds (Chateaubriand, Lamartine, Hugo, Delacroix, etc.) ou participent personnellement aux combats (lord Byron, mort à Missolonghi en 1824, le colonel Fabvier, etc.), mais les patriotes grecs sont bien seuls durant les premières années de leur combat.

Les hommes de Théodore Colocotronis, d’Andréas Vokos Miaoulis ou de Markos Botzaris obtiennent néanmoins de nombreux succès militaires contre les Turcs, sur terre comme en mer. Dès le début de l’année 1822, le Péloponnèse est reconquis, et le 12 janvier, un congrès national présidé par Alexandros Mavrocordatos proclame à Épidaure l’indépendance de la Grèce. Cependant, les Turcs ne tardent pas à se ressaisir, et après une première victoire en février 1822, ils perpètrent des massacres (comme ceux de Chios, en avril 1822, immortalisés par Delacroix) qui contribuent à rallier la communauté internationale à la cause des insurgés.

En 1824, le sultan Mahmud II demande de l’aide au vice-roi d’Égypte, son puissant vassal, qui accepte d’envoyer des hommes en échange du contrôle de la Crète. Les troupes égyptiennes de Méhémet Ali, dirigées par son fils Ibrahim Pacha, débarquent dans le Péloponnèse en février 1825, prennent la Morée, Missolonghi et Athènes (1827). Affaibli militairement, divisé politiquement, le camp grec, qui compte déjà 200 000 morts, finit par trouver une solution de conciliation en élisant Jean Capo d’Istria à la tête du gouvernement provisoire grec, en avril 1827.

L’intervention des puissances étrangères

Après de multiples tergiversations autour de la question d’Orient, les gouvernements de la France, du Royaume-Uni et de la Russie proposent enfin d’offrir leur médiation en 1827. La Turquie écarte toute proposition, rejetant catégoriquement la possibilité de reconnaître l’indépendance de la Grèce. Les Européens décident alors d’intervenir militairement : la force navale envoyée en Grèce coule la flotte turque lors de la bataille de Navarin (octobre 1827), puis le Péloponnèse est reconquis.

Le 14 septembre 1829, les Turcs sont contraints d’accepter le traité d’Andrinople, qui accorde à la Grèce son indépendance. En 1830, le protocole de Londres confirme l’existence d’un État grec indépendant placé sous la protection des puissances alliées ; cet accord est reconnu par la Turquie en 1832, par le traité de Constantinople. Le territoire du royaume inclut le Péloponnèse, l’Attique, l’Eubée et les Cyclades ; en revanche, la Thessalie, l’Épire, la Macédoine, la Thrace, la Crète restent sous contrôle ottoman.

Le royaume de Grèce

Les princes étrangers

Les premières années de l’indépendance se révèlent difficiles ; la division de la classe politique, scindée en factions appuyées par les différentes puissances étrangères, la question de la terre, aux mains d’une oligarchie, la déception générale face à un territoire grec réduit sont parmi les problèmes que doit affronter Capo d’Istria, à la tête d’un gouvernement autoritaire basé à Nauplie. Son assassinat, en 1831, déclenche une guerre civile qui s’achève l’année suivante avec l’arrivée sur le trône d’Othon de Bavière (Othon Ier), soutenu par les Européens.

La venue au pouvoir de ce prince étranger, appuyé par la Russie, autoritaire et entouré d’une bureaucratie de langue allemande, exacerbe les mécontentements. En septembre 1843, un coup d’État l’amène à accorder une constitution au pays (1844) ; pourtant, l’institution d’une Chambre des députés élue au suffrage censitaire et d’un Sénat nommé par l’État, semblants de vie parlementaire, ne font en rien des progrès vers une libéralisation du régime. Les relations avec l’Empire ottoman demeurent conflictuelles et s’inscrivent dans le contexte de la guerre de Crimée (1853-1856).

En octobre 1862, la garnison de Nauplie se soulève contre Othon, qui est destitué, avec le soutien des Britanniques, particulièrement inquiets de la prépondérance russe en Grèce. Ces derniers, soucieux d’asseoir leur position en Méditerranée, poussent le prince Guillaume de Danemark sur le trône ; en 1863, il devient roi de Grèce sous le nom de Georges Ier. La Grande-Bretagne cède alors les îles Ioniennes, sous son contrôle depuis 1815, à la nouvelle monarchie. En 1864, une nouvelle Constitution plus démocratique est mise en place, établissant le suffrage universel, accordant le droit de vote aux hommes et instituant un pouvoir législatif unicaméral, permettant la normalisation de la vie politique du pays.

L’union de tous les Grecs

La politique extérieure du royaume ne cesse d’être guidée par la volonté de rassembler tous les Grecs, aux dépens de la Turquie. Le rattachement de la Thessalie, en 1881, fait suite à la guerre russo-turque de 1877-1878, et la question de la Macédoine et de la Crète, toujours aux mains des Turcs, se pose avec une plus grande acuité. La Grèce encourage alors la révolte des Crétois, en 1896, mais la guerre qui éclate quelques mois plus tard avec la Turquie, est vite un désastre pour Athènes, qui doit, au terme du conflit, verser à son ennemi une importante indemnité. Tandis que la Crète devient autonome au sein de l’Empire ottoman, la situation financière de la Grèce se fragilise, ce qui renforce encore les possibilités d’ingérence des pays européens dans ses affaires intérieures.

Pourtant, en 1898, sous la pression de nouvelles révoltes, la Turquie est contrainte de retirer toutes ses forces armées de Crète, et le prince Georges (1869-1957), deuxième fils de Georges Ier, est nommé au poste de haut commissaire. Les Européens n’autorisent cependant pas l’union de l’île avec la Grèce, et pendant les dix années suivantes, l’île est secouée par des conflits internes. En 1905, le député crétois Éleuthérios Venizélos, favorable au rattachement, prend la tête d’une insurrection qui s’achève par la démission du prince Georges en 1906. Deux ans plus tard, l’Assemblée crétoise proclame l’union tant attendue et, en 1912, des représentants crétois siégent pour la première fois au Parlement grec.

Les guerres balkaniques

Dans les Balkans, la montée du nationalisme, en particulier en Serbie, en Bulgarie et en Roumanie, trouve un terrain favorable dans la désagrégation progressive de l’Empire ottoman. Au moins unis par leur antagonisme commun à l’égard de la Turquie, ces jeunes États entretiennent des relations pacifiques. En 1912, la Grèce adhère avec la Serbie, la Bulgarie et le Monténégro à l’Entente balkanique, qui déclare la guerre à la Turquie. Cette première guerre des Balkans (octobre 1912-mai 1913) est un véritable désastre pour les Turcs, qui doivent, aux termes du traité de Londres, abandonner toutes leurs revendications sur la Crète et sur les îles de la mer Égée, ainsi que sur les territoires situés sur le continent européen, à l’exception de la région d’Istanbul.

Les dissensions entre les membres de l’Entente balkanique débouchent sur la seconde guerre des Balkans, dans laquelle la Grèce et la Serbie combattent la Bulgarie, vaincue au bout d’un mois. En 1913, le traité de Bucarest permet à la Grèce de doubler son territoire et sa population grâce au rattachement de la Macédoine, y compris Thessalonique et Kavalla.

La Première Guerre mondiale et ses conséquences

Lorsque le conflit mondial éclate, la Grèce proclame sa neutralité. Une neutralité stricte est toutefois impossible. Favorable à l’Allemagne, Constantin Ier, fils et successeur de Georges Ier depuis mars 1913, rencontre bientôt l’opposition du Premier ministre Venizélos, chef du Parti libéral et favorable aux Alliés. En 1915, son gouvernement cherche à deux reprises à soutenir ouvertement les Alliés, mais le roi, qui refuse tout engagement, met son veto. Révoqué en 1916, Venizélos fonde à Thessalonique un gouvernement insurrectionnel qui est reconnu par le Royaume-Uni et la France. C’est en 1917 que les Alliés obligent le roi à abdiquer en faveur de son deuxième fils, Alexandre, et que la Grèce peut faire son entrée officielle dans la guerre aux côtés de la Triple-Entente dès le mois de juin (voir Guerre mondiale, Première). En contrepartie de son engagement, les traités de Neuilly (1919) et de Sèvres (1920) attribuent à la Grèce la Thrace, le territoire de Smyrne (voir Izmir) et de nombreuses îles égéennes.

Après la mort d’Alexandre Ier et l’échec de Venizélos aux élections de 1920, un plébiscite rappelle le roi Constantin, malgré la désapprobation des Alliés, qui retirent leur soutien aux Grecs, alors engagés dans une offensive en Anatolie. En effet, les traités de paix qui ont mis fin à la Première Guerre mondiale sont dénoncés par la Turquie de Mustafa Kemal Atatürk, et de nouveaux affrontements opposent les troupes turques à l’armée grecque.

Après la défaite de la Crète en 1922 face à l’armée turque, une dictature militaire, sous l’égide du général Nikolaos Plastiras, partisan de Venizélos, oblige Constantin à abdiquer. Son fils aîné, Georges II, souverain fantoche aux mains de l’armée, lui succède en octobre 1922. Les victoires éclatantes des Turcs contraignent les Grecs à signer, en 1923, le traité de Lausanne : Smyrne et la Thrace orientale sont rendues à la Turquie, et près d’un million et demi de Grecs d’Asie Mineure sont échangés avec les minorités turques de Grèce. Cet épisode, resté dans la mémoire collective des Grecs comme la « Grande Catastrophe », n’est pas sans répercussion sur la situation économique déjà fragile du pays.

La République et la restauration de la monarchie

Des débuts difficiles

La dégradation de la situation du pays contribue à l’émergence de partis d’opposition et au développement du mouvement syndical. Les républicains et la puissante faction militaire mènent une campagne contre le roi, qui doit s’exiler en 1923. À l’issue d’un plébiscite, le 25 mars 1924, le Parlement proclame la république sous la présidence de Koundouriótis. Une période de grande instabilité sociale et politique s’ouvre alors. En 1925, le général Pangalos prend le contrôle du gouvernement et se fait élire un an après président de la République. Véritable dictateur, il est renversé en août 1926 par un coup d’État organisé par le général Condylis. Lors des élections qui ont lieu quelques mois plus tard, la majorité républicaine est si faible qu’un gouvernement de coalition comprenant des royalistes doit être formé ; il finit de rédiger la Constitution en 1927, et la fait promulguer.

En pleine période de crise, Venizélos fait son retour dans l’arène politique. Après avoir été nommé Premier ministre, il obtient, à la tête du Parti libéral, une victoire écrasante aux élections de 1928 et œuvre dès lors à la stabilisation du pays, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Une politique de bon voisinage conduit à la signature d’un pacte avec l’Italie en 1928, d’un accord avec la Yougoslavie un an plus tard, et d’un traité avec la Turquie en 1930. L’Entente balkanique est scellée en février 1934. Toutefois, Venizélos a moins de succès en politique intérieure. Sa modération envers Chypre et le Dodécanèse, désireux d’obtenir leur rattachement à la Grèce, l’incapacité de son gouvernement à apporter une solution à la crise économique et sociale qui sévit sur fond de crise internationale contribuent à le rendre impopulaire aussi bien auprès des royalistes qu’auprès des républicains radicaux. Battu lors des élections de 1932, il doit démissionner ; la victoire du Parti populaire de Tsaldharis ouvre la voie à une restauration monarchique.

Le rétablissement de la monarchie

Un coup de force du général Condylis permet à Georges II de rentrer à Athènes et de remonter sur le trône à la fin de l’année 1935, après la tenue d’un plébiscite. La Constitution républicaine de 1927 est abolie au profit de la Constitution monarchique élaborée en 1911 et révisée. C’est dans un contexte de grande agitation sociale que le général Metaxas, soutenu par l’armée et par le roi, arrive au pouvoir en août 1936 après un coup d’État. Il préserve l’indépendance du pays, proclame la loi martiale et établit un régime dictatorial imposant une censure stricte de la presse, interdisant les partis politiques et les syndicats.

La Seconde Guerre mondiale

Un conflit éclair

Au début de la Seconde Guerre mondiale, le général Metaxas essaie de maintenir la neutralité du pays. Mais les troupes italiennes stationnées en Albanie depuis le début du conflit constituent une réelle menace pour la Grèce, qui bénéficie du soutien de la France et du Royaume-Uni. La frontière nord est attaquée par les Italiens depuis l’Albanie en octobre 1940. L’armée grecque remporte alors un succès inattendu : en décembre, après avoir chassé les envahisseurs du pays, elle est en possession d’un quart du territoire albanais. Les Italiens n’échappent à la déroute complète qu’avec l’intervention, en avril 1941, des troupes allemandes qui viennent à bout de la résistance grecque. Après la capitulation de son armée, la Grèce est obligée de signer un armistice le 23 avril et les Allemands entrent dans Athènes quatre jours plus tard. Le gouvernement grec s’effondre : Metaxas meurt en janvier, et son successeur se suicide. Un gouvernement national-socialiste est alors instauré à Athènes. Le roi Georges II s’enfuit en Crète et, après l’occupation de l’île, prend le chemin de l’exil. Il met en place un gouvernement, d’abord au Caire, puis à Londres.

La Résistance

L’occupation du territoire grec par les troupes allemandes, italiennes et bulgares est particulièrement dure et extrêmement mal vécue par la population. Des mouvements de résistance apparaissent, dont le plus important, l’EAM (Front national de libération), à majorité communiste, rassemblant diverses organisations politiques et syndicales de gauche et disposant d’une branche armée, l’ELAS (Armée populaire grecque de libération), bénéficie du soutien de la très grande majorité des Grecs. Ces mouvements participent à des opérations armées en Italie ou en Afrique, et sur le terrain, pratiquent des opérations de guérilla et de sabotage.

À la fin de 1943, après le débarquement des Alliés en Italie et dans la perspective de la libération de la Grèce, l’EAM entre ouvertement en conflit avec l’EDES (Armée grecque démocratique nationale), frange conservatrice de la Résistance, et l’EKKA (Ligue nationale et sociale de libération). Les Alliés soutiennent d’abord l’EAM, majoritaire, mais, craignant ensuite la prépondérance communiste au sein de cette organisation, donnent leur appui à l’EDES-EKKA. À l’issue de longues négociations, un Comité provisoire de libération nationale, gouvernement de coalition, est formé en mai 1944.

La guerre civile

Au mois d’octobre 1944, l’armée allemande se retire de Grèce ; le nouveau gouvernement de Georgios Papandréou, soutenu par le roi depuis son exil, précédé par les troupes britanniques du général Scobie débarquées au Pirée au même moment, entre à Athènes. Dans un contexte de guerre froide, les Occidentaux veulent avant tout éviter que le scénario qui se joue en Europe de l’Est ne se reproduise en Grèce et redoutent que le pays, où les communistes sont si populaires et si fortement armés, puisse tomber dans l’orbite soviétique.

Malgré les sommations des Britanniques, les partisans de l’ELAS, commandés par le général Markos, refusent de rendre les armes, déclenchant dès le mois de décembre de violents combats entre l’armée britannique et l’ELAS. Le roi remet alors ses pouvoirs aux mains d’un régent, Mgr Damaskinos, le métropolite d’Athènes, qui confie le gouvernement au général Plastiras. Finalement, le 12 février 1945, l’ELAS accepte la trêve de Varkiza. En échange de la démobilisation de son armée, l’EAM reçoit la promesse d’une participation à la vie politique du pays.

La question du régime politique — royauté ou république — est au centre des premières élections, qui se déroulent dans un climat de terreur. Boycottées par tous les partis républicains, les élections de mars 1946 sont remportées par les royalistes du Parti populiste. Un plébiscite hâtif (septembre 1946) permet le retour du roi, mais Georges II meurt en 1947, et son frère Paul Ier lui succède.

Cependant, la terreur s’accentuant, les partisans de l’EAM se retirent dans les montagnes. Ils constituent, en octobre 1946, l’Armée démocratique de la Grèce et instituent, en décembre 1947, un Gouvernement provisoire de la Grèce libre, basé en Épire et soutenu par les Soviétiques. La guerre reprend avec encore plus d’acharnement. L’armée royaliste, soutenue par la Grande-Bretagne puis par les États-Unis, dans la logique de l’application de la doctrine Truman, inflige de sévères défaites aux communistes, qui rendent les armes en octobre 1949.

La Grèce de l'après-guerre

Papagos et Caramanlis

Après la guerre civile, l’aide financière américaine octroyée dans le cadre du plan Marshall permet à la Grèce de restaurer son économie et d’augmenter sa production agricole et industrielle. Parallèlement, le pays est intégré militairement au bloc occidental (adhésion au Conseil de l’Europe en 1949) et à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) en 1952.
Les années d’après-guerre sont marquées par une grande instabilité politique. En 1952, lors des élections, le parti du Rassemblement hellénique, un groupe de droite dirigé par le maréchal Alexandros Papagos, remporte la majorité parlementaire. Un nouveau cabinet, avec Papagos au poste de Premier ministre, prend ses fonctions le 19 novembre et demeure au pouvoir jusqu’à la mort de celui-ci. Durant son mandat, la Grèce renforce son alliance avec la Yougoslavie et la Turquie.

Constantin Caramanlis, qui lui succède en octobre 1955, annonce le 4 janvier 1956, la formation du nouveau parti de l’Union nationale radicale, pour remplacer le parti du Rassemblement hellénique, qui cesse d’exister après la mort de Papagos. Aux élections législatives de février, l’Union nationale radicale remporte 165 sièges sur 300, bien que l’Union démocratique, une coalition des partis d’opposition, ait reçu la majorité du vote populaire.

La question de Chypre

Pendant les années 1950, la Grèce soutient avec ardeur le mouvement Enosis (Union avec la Grèce) sur l’île de Chypre, qui est une possession britannique depuis 1878. Le Royaume-Uni s’oppose à une requête faite par le gouvernement de Papagos pour organiser un plébiscite sur la question de l’union, et la Turquie insiste sur le fait que si les Britanniques se retirent de Chypre, l’île devra alors être cédée à la Turquie. Toutefois, en 1955, la Grèce, le Royaume-Uni et la Turquie engagent des pourparlers pour régler la question. En 1959, par les traités de Londres et de Zurich, les trois gouvernements parviennent finalement à un arrangement qui aboutit à l’indépendance de Chypre le 16 août 1960.

Le changement de majorité

Fin 1961, une coalition de partis centristes, l’Union du centre, est formée sous l’égide de Georgios Papandréou. Lorsque Caramanlis remporte la majorité législative aux élections générales du 29 octobre, la coalition refuse de reconnaître son nouveau gouvernement, prétendant que les électeurs ont agi sous la contrainte. L’opposition persiste jusqu’à l’affrontement des partisans de Papandréou avec la police d’Athènes, à la mi-avril 1962. Caramanlis annonce que toute nouvelle tentative d’émeute sera réprimée. En 1963, il démissionne après l’assassinat d’un dirigeant de l’EDA (Gauche démocratique unifiée).

Lors des élections du 3 novembre, le parti de Papandréou obtient une courte majorité, et ce dernier devient Premier ministre. Refusant de compter sur le soutien des communistes pour maintenir son gouvernement au pouvoir, il démissionne le mois suivant. Cependant, les nouvelles élections législatives de février 1964 lui donnent une majorité suffisante, et il devient encore une fois Premier ministre.

Après la mort de Paul Ier, le 6 mars 1964, son fils accède au trône sous le nom de Constantin II, et, en 1965, Papandréou subit les attaques de l’opposition de droite, qui accuse le gouvernement d’adopter une attitude « indulgente » à l’égard des groupes procommunistes en Grèce et du rapatriement des résidents grecs emmenés en URSS et dans les pays satellites, après la guerre civile. En outre, des journaux de droite révélent l’existence d’une organisation antimonarchiste, Aspidha (bouclier), à laquelle appartiennent des officiers et que côtoie le fils du Premier ministre. Le gouvernement s’engage à débarrasser l’armée de toute influence d’extrême droite, et un décret permettant au Premier ministre de reprendre le contrôle du ministère de la Défense est soumis à l’approbation de Constantin. Mais le roi, craignant d’être privé du soutien des officiers de haut rang, refuse de signer ce décret. Le 15 juillet 1965, Papandréou menace de démissionner. Cependant, avant même qu’il ne le fasse, le roi nomme un nouveau Premier ministre, qui ne parvient pas à gagner l’approbation du Parlement. Plusieurs gouvernements soutenus par la droite se succèdent. Le chef de l’opposition, Kanellopoulos, n’étant pas parvenu à obtenir l’investiture du Parlement, décide de le dissoudre le 14 avril 1967 et organise de nouvelles élections en mai.

Le régime des colonels

Le temps de la répression

Entre-temps, un groupe d’officiers de l’armée, dirigé par le colonel Papadopoulos, fait tomber le gouvernement et s’empare du pouvoir le 21 avril 1967. Plusieurs milliers de personnalités politiques, en particulier des hommes de gauche et des communistes, des artistes ainsi que des écrivains sont arrêtés. La junte militaire instaure un régime de terreur, publie une série de décrets abolissant la plupart des libertés civiles, imposant la censure aux médias, supprimant les partis politiques et de nombreuses organisations. Ayant échoué dans sa tentative de renverser la junte en décembre, le roi Constantin part en exil en Italie ; la régence est attribuée au général Zoïtakis. Cependant, l’opposition se manifeste avec virulence. Le 15 mars 1968, Papadopoulos riposte en présentant l’avant-projet d’une nouvelle Constitution, qui renforce le pouvoir exécutif et limite les libertés individuelles. Elle est ultérieurement révisée et ratifiée par un référendum populaire, en septembre.

Le régime poursuit sa politique autoritaire, et des centaines d’opposants sont arrêtés. Après avoir étudié des plaintes relatives à l’utilisation de la torture sur des prisonniers politiques, la Commission des droits de l’homme du Conseil de l’Europe conclut qu’il s’agit d’une « pratique administrative courante » du gouvernement et en condamne l’usage. La Grèce préfère alors se retirer du Conseil plutôt que d’être expulsée. Toutefois, le gouvernement réussit à établir des relations plus étroites avec les nations communistes, y compris avec la République populaire de Chine en 1970. Les États-Unis résistent aux pressions visant à priver d’armes le régime de Papadopoulos.

Le déclin du régime

Au début des années 1970, le gouvernement rétablit certains droits civils qui ont été supprimés. Le 1er juin 1973, il abolit la monarchie ; le 29 juillet, la junte proclame la république et nomme Georgios Papadopoulos à la présidence jusqu’en 1981. Après son investiture en août, il accorde une vaste amnistie et promet de nouvelles élections pour 1974. Un cabinet civil entre en fonction en octobre.

Dans le même temps, les mouvements de résistance s’organisent à l’extérieur et à l’intérieur du pays. Après une première vague de contestations en 1972, des manifestations estudiantines tournent à l’automne 1973 en émeutes antigouvernementales, à Patras et Athènes ; elles conduisent au rétablissement de la loi martiale et des tribunaux militaires d’exception. Le 25 novembre, les militaires destituent Papadopoulos, qui n’a pu maintenir l’ordre et nomment le général de corps d’armée Phaidon Ghizikis à la présidence.

Le pouvoir des militaires est encore affaibli par la crise de Chypre. En effet, le régime des colonels décide de soutenir le coup d’État qui renverse le chef de l’État chypriote, Makarios III. En réaction et alors que les tensions grandissent entre les communautés grecque et turque, le gouvernement turc envahit l’île, ce qui entraîne la partition du territoire. La Grèce mobilise ses troupes, mais, à la suite des pressions des États-Unis, elle renonce à intervenir. Dès lors, le sort de la junte militaire est scellé. En juin 1974, elle doit se retirer.

Ghizikis fait revenir Caramanlis de son exil pour former le premier gouvernement civil depuis 1967. Après une élection en novembre, Caramanlis, chef du parti de la Nouvelle Démocratie, forme un nouveau gouvernement et organise un référendum qui est favorable à l’instauration d’une république. Une nouvelle Constitution mettant en place un régime démocratique est approuvée en juin 1975.

Le retour de la démocratie

La Nouvelle Démocratie au pouvoir

En novembre 1977, le gouvernement organise des élections générales, dont les principaux thèmes sont l’entrée future de la Grèce dans la Communauté économique européenne (voir Union européenne), ses relations tendues avec la Turquie au sujet de Chypre et ses droits de forage en mer. Le parti de la Nouvelle Démocratie l’emporte, d’une courte majorité, sur le Mouvement socialiste panhellénique (PASOK) d’Andréas Papandréou, le deuxième parti du pays.

Après la crise de Chypre en 1974, la Grèce se retire de l’OTAN. Les conditions du maintien de la présence des bases militaires américaines en territoire grec sont toutefois renégociées en 1975 et en 1976 ; en 1980, le pays réintègre l’organisation militaire de l’OTAN. Dans les années 1980, les principaux problèmes auxquels le gouvernement doit faire face étaient toujours l’inflation et les relations tendues avec la Turquie. Cependant, une solution rapide de chacun d’entre eux semble improbable. Caramanlis quitte son poste en mai 1980, lorsqu’il est élu président de la République. Le ministre des Affaires étrangères, Georgios Rallis, lui succède au poste de Premier ministre. Membre lui aussi du parti de la Nouvelle Démocratie, il a présidé en janvier 1981 à l’entrée de la Grèce dans la Communauté européenne.

Les gouvernements socialistes

Lors des élections législatives qui ont lieu en octobre 1981, le PASOK remporte une victoire décisive, et Andréas Papandréou devient le premier chef de gouvernement socialiste du pays. En mars 1985, Christos Sarzetakis, un juge de la Cour suprême qui a soutenu les socialistes, est élu à la présidence pour succéder à Caramanlis. Le programme du gouvernement repose sur une politique d’austérité afin de combattre l’inflation et le chômage grandissants. Les élections de juin 1985 confirment la suprématie du PASOK.

Cependant Papandréou perd la majorité parlementaire lors des élections de juin 1989, à la suite de scandales politico-financiers. Après le gouvernement de Tzannis Tzannétakis (Nouvelle Démocratie) et la coalition de Xénophon Zolotas, un nouveau scrutin porte au pouvoir Constantin Mitsotakis, du parti de la Nouvelle Démocratie, qui acquiert une faible majorité au Parlement, en 1990. En mai 1990, Caramanlis accède de nouveau au poste de président de la République. La priorité est toujours le redressement économique.

En octobre 1993, Papandréou revient au pouvoir grâce à la victoire du PASOK, qui remporte 170 sièges sur 300 lors des élections législatives. Une élection présidentielle a lieu en mars 1995 : Costis Stephanopoulos, le candidat soutenu par le parti au pouvoir, est élu à la présidence pour remplacer Caramanlis, qui a déjà effectué deux mandats.

Hospitalisé en novembre 1995, Papandréou annonce sa démission du poste de Premier ministre, laissant, en janvier 1996, la place au jeune réformiste du PASOK Costas Simitis. Ce dernier prend la tête du parti en juin 1996, peu de temps après la mort de Papandréou. Dès son arrivée au pouvoir, Simitis, vainqueur des élections anticipées de septembre 1996, n’a de cesse de poursuivre l’assainissement et la modernisation économique du pays. Très attaché à l’intégration européenne de la Grèce et au respect des critères de convergence définis par le traité de Maastricht, il s’engage à maîtriser l’inflation et à réduire le déficit du budget de l’État.

Les difficiles relations de voisinage

À la suite de l’éclatement de la Yougoslavie, la république de Macédoine, située sur la frontière nord de la Grèce, déclare son indépendance en 1991. Ces bouleversements entraînent une confrontation directe avec la Grèce, qui, mettant en avant l’aspect hellénique de l’« héritage macédonien », vit l’événement comme une atteinte à son intégrité. Le conflit aboutit à un blocus économique imposé à la Macédoine (FYROM) début 1994, contribuant à déstabiliser le nouvel État, déjà fragile. Les relations entre les deux pays se sont toutefois normalisées depuis l’automne 1995.

La Grèce est également impliquée dans des conflits avec l’Albanie après l’effondrement du communisme dans ce pays. Au cœur des débats, le statut de la minorité grecque en territoire albanais. Tandis qu’Athènes prétend que cette minorité est persécutée, Tirana affirme que les cercles nationalistes en Grèce veulent provoquer une crise et cherchent à annexer les régions du sud de l’Albanie, appelées Épire du Nord en Grèce. Des tensions incessantes entraînent des tirs de frontière sur des réfugiés albanais, l’expulsion hors de Grèce de milliers de travailleurs albanais clandestins et l’emprisonnement de cinq leaders de la minorité grecque en Albanie pour cause d’espionnage et de contrebande d’armes.

Enfin, la question chypriote, les relations avec la Turquie et les problèmes de la répartition des zones d’influence sur les eaux de la mer Égée dominent également la politique extérieure de la Grèce.

Costas Simitis tente un rapprochement avec la Turquie, concrétisé en juillet 1997, par un accord signé à l'instigation des États-Unis, « excluant le recours à la force armée » pour résoudre les contentieux entre les deux pays. Les dissensions restent toutefois importantes, les Turcs accusant la Grèce non seulement de bloquer toute négociation avec l'Union européenne (UE) en vue de leur intégration, mais aussi de favoriser l'adhésion à l'UE de Chypre sans que soit au préalable trouvé un statut pour la partie nord de l'île aux mains des Chypriotes turcs. En novembre 1997, lors d'une réunion rassemblant la Grèce, la Turquie, la Bosnie, l'Albanie, la Roumanie et la Macédoine (FYROM) sur la stabilité et la sécurité des pays balkaniques, les dirigeants turcs et grecs reprennent les négociations, notamment sur la question de Chypre ainsi que sur celle des eaux territoriales. En février 1999, cependant, l’arrestation par les services turcs du chef rebelle kurde, Abdullah Öcalan, alors qu’il se trouvait dans l’ambassade grecque de Nairobi au Kenya, provoque un grave incident diplomatique entre les deux pays et déstabilise le gouvernement Simitis, provoquant le départ de plusieurs ministres. En raison du regain de tension entre les deux pays, la Grèce renforce sa défense aérienne contre la Turquie en mai 1999.

L’opération « Force alliée », engagée en mars 1999 par treize des dix-neuf membres de l’OTAN contre la Serbie, met la Grèce, « impliquée » par sa position géographique même dans les Balkans, dans une situation délicate ; le pays se trouve, en effet, tiraillé entre son devoir de solidarité envers l’Alliance atlantique et l’Union européenne et les liens qui l’unissent aux « frères orthodoxes serbes ». Le gouvernement prône une solution politique et diplomatique à la crise au Kosovo.

La préoccupation majeure du gouvernement grec reste, sans conteste, l'Union européenne. Non retenue pour faire partie du premier groupe de pays adhérant à l'Union économique et monétaire (UEM) en 1999, la Grèce ratifie le traité d’Amsterdam courant 1999. Afin de satisfaire aux critères de convergence définis par le traité de Maastricht, le gouvernement lance un vaste plan d'austérité au début de l'année 1998 : relance des privatisations, réduction des dépenses publiques, réforme du système de protection sociale, ainsi qu'une plus grande flexibilité du travail. En dépit de la contestation que suscitent ces mesures, Simitis poursuit son plan de convergence européen qui lui permet de faire, en mars 2000, une demande officielle de candidature à l’UEM.

Lors des élections européennes de juin 1999, les conservateurs de la Nouvelle Démocratie (ND) obtiennent 36 % des suffrages (soit 9 sièges au Parlement européen), devançant les socialistes (PASOK) qui totalisent près de 33 % des voix (9 sièges également). Les communistes, qui ont profité de leur position anti-OTAN, obtiennent 8,65 % des suffrages (3 sièges). Enfin, un nouveau parti, populiste, Dikki, issu d’une scission du PASOK, obtient 6,87 % et 2 sièges. Grâce à l’union des voix du PASOK et de ND au sein du Parlement, le président Konstantinos Stéphanopoulos est réélu pour cinq ans à la tête de l’État en février 2000. En repli lors des élections municipales et régionales d’octobre 1998 et aux européennes de juin 1999, le PASOK remporte de justesse les élections législatives d’avril 2000 (43,79 % des suffrages exprimés et 158 sièges) devant la ND (42,73 % des voix et 125 sièges). Reconduit à son poste, le Premier ministre socialiste Costas Simitis affirme vouloir donner la priorité au social et cherche à normaliser ses relations avec la Turquie. Georges Papandreou, ministre des Affaires étrangères effectue ainsi, en janvier 2000, la première visite d’un chef de la diplomatie grecque en Turquie depuis 1962. Toutefois cette politique d’apaisement avec la Turquie demeure fragile comme en témoignent les difficiles pourparlers entre les communautés grecque et turque dans l’île de Chypre.

Le 1er janvier 2001, la Grèce voit ses efforts couronnés en entrant dans la zone euro. Elle est le douzième État de l’Union européenne à en faire partie, vingt ans jour pour jour après avoir adhéré à ce qui était alors la Communauté économique européenne (CEE). La parité de sa monnaie est de 340,75 drachmes pour 1 euro. Un an plus tard, le 1er janvier 2002, la drachme laisse la place à l’euro qui devient la monnaie unique de 304 millions d’Européens.
Depuis janvier 1999, date à laquelle elle ne respectait pas encore les critères de convergence définis par le traité de Maastricht, son taux d’inflation a chuté (2,7 % en 2000, alors qu’il atteignait 20 % en 1990) et son déficit budgétaire est descendu à 1,6 % 0 du PIB en 1999 (le seuil limite étant fixé à 3 %). Mais son endettement public demeure encore trop élevé.

Au cours de l’été 2002, les autorités grecques parviennent à démanteler le groupe terroriste « 17 novembre », auteur d’une vingtaine d’assassinats et d’une cinquantaine d’attentats depuis 1975. Alors que la Grèce est engagée dans de vastes travaux destinés à accueillir les jeux Olympiques à l’été 2004, elle préside l’Union européenne au cours du premier semestre 2003. À l’approche des élections législatives, Georges Papandréou, ministre des Affaires étrangères et fils d’Andreas Papandréou, est élu à la présidence du PASOK. Mais sa popularité et le bilan exceptionnel du gouvernement socialiste ne suffisent pas face à l’usure du pouvoir qui touche le PASOK, au gouvernement depuis 1981, à l’exception des années 1990-1993. Au mois de mars 2004, la Nouvelle Démocratie, emmenée par Costas Caramanlis, obtient 45,4 % des voix (165 députés sur 300) face au PASOK qui recueille 40,5 % des voix (117 députés). Costas Caramanlis, âgé de 47 ans, neveu de l’homme d’État Constantin Caramanlis, devient Premier ministre.

Grèce (en grec, Elláda ou Ellás), officiellement République hellénique, pays du sud-est de l’Europe, à l’extrémité de la péninsule des Balkans, bordé au nord-ouest par l’Albanie, au nord par la Macédoine (FYROM) et la Bulgarie, au nord-est par la Turquie, à l’est par la mer Égée, au sud par la mer Méditerranée et à l’ouest par la mer Ionienne. L’État couvre une superficie totale de 131 957 km², dont environ un cinquième est constitué d’îles situées dans les mers Égée et Ionienne. Athènes est la capitale et la plus grande ville du pays.

La Grèce continentale comprend, du nord au sud : la Thrace (le long de la frontière bulgare et turque) ; la Macédoine, prolongée au sud par la Chalcidique, presqu’île séparée du continent par le golfe Thermaïque, formant trois péninsules (Kassandra, Sithonia et le mont Athos, qui culmine à 2 032 m) ; l’Épire, près de la frontière albanaise, prolongée au sud par l’Étolie, séparée de la Thessalie par les montagnes du Pinde. Au sud de la Grèce centrale se détache le Péloponnèse, péninsule reliée au continent par l’isthme de Corinthe, qui sépare la mer Égée de la mer Ionienne et que traverse le canal de Corinthe. L’Eubée, île allongée faisant face à l’Attique, en Grèce continentale, est séparée de celle-ci par le canal de l’Euripe.

Toutes les îles de la mer Égée, à l’exception d’Imbros et de Ténédos, qui appartiennent à la Turquie, font partie de la Grèce : au nord, les Sporades du Nord (Skiathos, Skopelos, Skíros, Alonissos), au large de la Chalcidique et de la Thrace, les îles de Thasos, Samothrace et Limnos ; à l’est, les îles de Lesbos et de Chios face à la côte turque, et plus au sud les îles du Dodécanèse (ou Sporades du Sud), dont les principales sont Samos, Ikaria, Patmos, Leros, Kalymnos, Kos, Rhodes et Karpathos ; au centre, les Cyclades (Ándros, Délos, Tinos, Paros, Naxos, Milo, Amorgos, Santorin ou Thira, etc.), séparées de la Crète, au sud, par la mer de Crète ; proches du continent, les îles du golfe Saronique (principalement Égine, Poros, Hydra, Spétsai).

À l’ouest du continent et au nord du Péloponnèse se trouvent les îles de la mer Ionienne (principalement Corfou, Leucade, Ithaque, Céphalonie et Zante), appelées également Heptanèse (« sept îles »).

Sur le drapeau grec figurent cinq bandes horizontales bleus représentant les cinq mers qui bordent le territoire grec et quatre blanches alternées. Une croix blanche sur fond bleu orne le coin supérieur gauche. Le bleu et le blanc sont les couleurs nationales. Le bleu symbolise la justice et la loyauté et le blanc la pureté et la décence.
 

We knew thee of old,
Oh, divinely restored,
By the lights of thine eyes
And the light of thy Sword

From the graves of our slain
Shall thy valour prevail
As we greet thee again-
Hail, Liberty ! Hail !

Long time didst thou dwell
Mid the peoples that mourn,
Awaiting some voice
That should bid thee return.

Ah, slow broke that day
And no man dared call,
For the shadow of tyranny
Lay over all :

And we saw thee sad-eyed,
The tears on thy cheeks
While thy raiment was dyed
In the blood of the Greeks.

Yet, behold now thy sons
With impetuous breath
Go forth to the fight
Seeking Freedom or Death.

From the graves of our slain
Shall thy valour prevail
As we greet thee again-
Hail, Liberty ! Hail !

Dionysios Solomos a écrit, à Zakynthos, en mai 1823, pendant la période de la lutte des Grecs contre les Turcs pour la libération de la Grèce (1821-1828), « L’Hymne à la Liberté », poème composé de 158 strophes.
Pour le jeune Solomos, l’Hymne est la première, après de nombreuses compositions en italien, œuvre en grec, laquelle lui assurera son statut de poète grec, et bien sûr de poète national, « le Dante grec ». Il gagne sa place au sein du milieu littéraire grec et sa notoriété grandit en Europe.
 

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